Grippe A : ce qu'il faut savoir avant de se faire vacciner "Les vaccins contre la grippe A ont subi exactement les mêmes procédures de contrôle que ceux contre la grippe saisonnière"

Le Dr Robert Cohen est pédiatre de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA).

Quand les vaccins ont-ils été étudiés ? N'ont-ils pas été fabriqués trop vite ?

Le développement des vaccins a débuté en mai 2009. Leur production à large échelle a commencé dès que celle des vaccins saisonniers s'est terminée (juillet). Ils ont été testés en laboratoire pour vérifier leur qualité. Ensuite, des tests précliniques ont eu lieu pour vérifier que ces vaccins sont capables de protéger des animaux de laboratoire contre la grippe A/H1N1. Enfin, des études cliniques, dans lesquelles des volontaires acceptaient d'avoir une prise de sang avant et après la vaccination (pour mesurer leur production d'anticorps) et déclaraient tous les effets secondaires ressentis, ont été réalisées. Enfin, toutes ces données ont été transmises aux autorités sanitaires avant d'autoriser la vaccination. Ces vaccins ont commencé à être livrés progressivement depuis le 20 octobre. Mais il faudra quelques mois avant de disposer de suffisamment de vaccins pour tous ceux qui souhaitent être protégés.

Les vaccins contre la grippe A/H1N1 ont subi exactement les mêmes procédures de contrôle que ceux contre la grippe saisonnière et ils ont été testés chez bien plus de personnes. Bien sûr, on en saura plus dans quelques mois, particulièrement pour les enfants, mais d'ici là, la première vague épidémique sera derrière nous. L'enregistrement de ces vaccins par les autorités européennes reflète le fait qu'elles soient convaincues de leur qualité, de leur efficacité, de leur sécurité et donc de l'utilité de leur utilisation.  

Pourquoi se faire vacciner alors que la grippe ne semble pas grave ?

Plus de malades jeunes sans facteurs de risque et plus de syndromes de détresse respiratoire de l'adulte.

Effectivement, cette grippe est certainement moins grave à ce jour que H5N1 ou le virus H1N1 de 1918. Mais en aucun cas elle n'est apparue moins grave que les épidémies saisonnières. Le profil des patients est sensiblement différent de ceux de la grippe saisonnière : plus de malades "jeunes" (<65 ans) sans facteurs de risque, plus de syndromes de détresse respiratoire de l'adulte conduisant les patients en réanimation, justifiant parfois des techniques d'oxygénation extra-corporelle. En Australie et en Nouvelle-Zélande, la grippe A a concerné prés d'un tiers des patients en réanimation pendant l'épidémie. 

Les opposants aux vaccins disent que les adjuvants des vaccins contre la grippe A/H1N1 seraient dangereux. Qu'en sait-on ?

Les vaccins adjuvés contiennent du squalène, une substance organique naturelle contenue dans de nombreuses plantes (olives, céréales, etc.) et fabriquée par animaux et humains au cours de la synthèse du cholestérol. Sa mauvaise réputation dans certains milieux vient d'une petite étude ayant suggéré un lien entre les symptômes présentés par des vétérans américains (syndrome de la guerre du Golfe) et l'administration de vaccins contre l'anthrax contenant du squalène. Cette hypothèse a été infirmée : les anti-corps anti-squalène peuvent augmenter après la vaccination, mais sans aucune corrélation avec la présence ou l'absence de symptômes. Par ailleurs, un vaccin adjuvé contre la grippe enregistré en Europe dès 1997 (Fluad®, Grippguard®) a déjà été distribué à plus de 45 millions de personnes, essentiellement des seniors, des adultes, sans soulever d'inquiétude quant à la sécurité de son utilisation. Cependant il n'y a pas (femmes enceintes, immunodéprimés) ou peu (jeunes enfants) de données dans certaines populations.

Source : Fiche préparée par R. COHEN sur le site infovac.fr – actualisée le 9 novembre 2009

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