Grippe A/H1N1 : ce qu'il faut savoir "On dispose de tout un arsenal thérapeutique"

Le Professeur Antoine Flahault est épidémiologiste, il est Directeur de l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique.

Est-ce que la pandémie risque d'être importante dans les prochains mois en France ?

Antoine Flahault : Nous sommes dans l'hémisphère Nord et notre climat est tempéré donc cela constitue un vrai frein à la propagation du virus. Dans les zones tropicales, le virus se propage plus rapidement. Il faut rappeler que lors de la grippe espagnole de 1918, les îles Samoa dans le Pacifique sud ont connu 50 % de morts. Evidemment, il n'y avait alors pas d'antibiotiques... Chez nous, le frein saisonnier et climatique pourrait donc l'emporter sur l'épidémie. En revanche, elle pourrait reprendre l'hiver prochain, si l'épidémie se poursuit, mais d'ici là un vaccin sera sans doute disponible. 

Quels sont les traitements possibles face à ce virus ? Les antiviraux comme le Tamiflu sont-ils vraiment efficaces ?

On dispose de tout un arsenal thérapeutique pour faire face à cette grippe. Comme pour une grippe saisonnière, on traite les symptômes, c'est-à-dire surtout la toux et la fièvre. Le plus tôt possible dans le cours de l'infection, dès l'apparition des symptômes, le médecin prescrira un antiviral, comme le Tamiflu. Il est en effet prouvé qu'il diminue la charge virale et la durée des symptômes. En cas de complications bactériennes, on dispose d'antibiotiques et, le cas échéant, il peut être nécessaire d'être hospitalisé si l'infection est trop importante, notamment si les malades sont déjà fragilisés par une maladie ou âgés.

Faut-il s'inquiéter de cette grippe ?

La situation n'est pas très inquiétante, même s'il est un peu tôt pour se prononcer. Cependant je modère mon optimisme car quoi qu'il en soit, face à toute épidémie de grippe, on ne peut pas éviter les décès. La grippe de Hong Kong, par exemple, qui a sévi en 1968 et 1969, a fait 30 000 morts en France en seulement deux mois, du fait que lorsque beaucoup de personnes sont malades en peu de temps et même si on dispose de traitements, les personnes les plus fragiles ont plus de risques de mourrir de la grippe.

Propos recueillis le 30 avril 2009

Sommaire