Chikungunya : risque d'épidémie cet été dans le sud de la France

Alors que les Antilles françaises connaissent une épidémie de chikungunya sans précédent, les autorités sanitaires craignent que la période estivale soit favorable à une circulation accrue du virus. Dans leur ligne de mire, le moustique tigre, dont les piqûres peuvent transmettre le chikungunya et la dengue et qui est présent dans 18 départements du sud de la France.

Chikungunya : risque d'épidémie cet été dans le sud de la France
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"La Martinique et la Guadeloupe font face à une transmission très importante et sans précédent du chikungunya, a expliqué ce jeudi le Directeur scientifique de l'Institut de veille sanitaire (InVS), Jean-Claude Desenclos. L'épidémie s'accélère même en Guadeloupe où 8 % de la population est touchée", a-t-il encore précisé. "C'est la première fois que ce virus est détecté dans les Amériques et la population n'a pas encore développé de défenses immunitaires pour y faire face", a par ailleurs expliqué Arnold Noël, épidémiologiste à l'InVS. "Sa diffusion est donc suivie avec attention et nous mobilisons les populations sur place pour leur expliquer comment se protéger." De plus, selon Jean-Claude Desenclos, l'épidémie devrait encore progresser avec l'arrivée de la saison des pluies dans les Antilles. 

Inquiétude dans le sud de la France. Pour l'heure, toutes les conditions semblent réunies pour que le chikungunya et la dengue deviennent épidémiques cet été dans le sud de la France. D'abord en raison des mouvements de voyageurs en cette période estivale. Ensuite, grâce à des conditions climatiques idéales pour la prolifération des moustiques, à savoir la chaleur et les pluies, justement attendues cet été. Le sud de la France sera particulièrement surveillé puisque le moustique tigre (Aedes albopictus), qui transmet le virus du chikungunya et de la dengue est installé depuis 2004 dans 18 départements. Il suffirait donc qu'une personne infestée par le virus au cours d'un voyage dans les Antilles se fasse de nouveau piquer à son retour en France par le fameux moustique tigre. Celui-ci pourrait alors transmettre le virus du chikungunya ou de la dengue à une autre personne via une simple piqûre. En 2007, un tel scénario avait conduit à une petite épidémie de 300 cas en Italie. 

121 cas suspects depuis début mai. Depuis 2006, le ministère de la Santé a mis en place un vaste dispositif de lutte contre le risque de dissémination de la dengue et du chikungunya en France métropolitaine afin de prévenir et limiter la circulation de ces virus pendant l'été. Grâce à ce plan, la France avait rapidement réagit en 2010 pour limiter la dissémination du virus après que 2 cas de dengue et 2 cas de chikungunya aient été identifiés à Nice et à Fréjus. Reste que cette année, la situation semble différente. "Nous aurons sans doute une épidémie plus importante qu'en 2010, même si tout est en place pour réagir si besoin", a indiqué Françoise Weber, la directrice générale adjointe à la Direction générale de la Santé. Depuis le début de cette surveillance début mai, 121 cas "suspects" de dengue ou chikungunya ont déjà été rapportés dans les 18 départements infectés par le moustique tigre, selon l'InVS. "Les tests effectués en laboratoire ont pu confirmer qu'environ la moitié de ces cas étaient effectivement dus au virus du chikungunya (47 cas) ou de la dengue (15 cas)", a précisé l'épidémiologiste Arnold Noël. Pour autant, il s'agissait de cas "importés" de voyageurs : il n'y a pour le moment aucun cas "autochtone", c'est-à-dire véhiculé par des moustiques tigres directement en métropole, a confirmé l'épidémiologiste.

Recommandations aux voyageurs. Comme il n'existe aucun vaccin contre le chikungunya et la dengue, la prévention et le contrôle de la prolifération des moustiques restent les seuls moyens de se protéger. Aussi, le ministère de la Santé recommande d'éliminer les points de reproduction des moustiques, en particulier les eaux stagnantes (dans les soucoupes de pots de fleurs, les pneus usagés, etc.). Par ailleurs, en cas de fièvre élevée subite (supérieure à 38,5°C), de douleurs sévères dans les articulations, muscles et maux de tête un à deux jours après un voyage, il est recommandé de consulter un médecin. Enfin, si vous voyagez dans une région tropicale, il faut impérativement vous protéger des piqûres de moustiques : porter des vêtements couvrants et amples imprégnés d'insecticide, appliquer des produits anti-moustiques, dormir sous une moustiquaire préalablement traitée à l'insecticide, mettre en marche l'air conditionné car les moustiques n'aiment pas les basses températures.

Quels sont les symptômes ? Le chikungunya et la dengue sont deux maladies proches, caractérisées par de fortes fièvres associées à des douleurs articulaires. Elles sont transmises par le moustique tigre, qui comme son nom l'indique est identifiable par ses rayures noires et blanches. La femelle pond ses œufs dans l'eau et les larves s'y développent et éclosent aux périodes chaudes. C'est ce qui explique que l'insecte ait été importé sur le continent après avoir été transporté par avion dans des pneus humides à l'intérieur desquels les larves se sont développées. Même si l'épidémie a provoqué 13 décès chez des personnes à la santé fragile, le chikungunya est rarement grave pour les individus en bonne santé. Elle n'en demeure pas moins invalidante lorsqu'elle devient chronique en raison des douleurs articulaires qu'elle provoque. En langage souali, chikungunya se traduit d'ailleurs par "homme penché". 

En savoir plus sur le Chikungunya sur le site de l'INPES

Voir l'infographie Comment pourrait survenir une épidémie de Chikungunya en France métropolitaine ?

carte chikungunya
Le chikungunya est implanté dans 18 départements (en rouge sur la carte). Il a de plus été ponctuellement observé dans 8 autres départements (colorés en orange sur la carte). © Ministère de la Santé