Bisphénol A : l'Efsa s'inquiète-telle suffisamment de ses effets sur la santé ?

L'exposition au Bisphénol A n'est pas sans risque et pourrait affecter le foie, les reins et les glandes mammaires, confirme l'Autorité pour la sécurité des aliments (Efsa).

Bisphénol A : l'Efsa s'inquiète-telle suffisamment de ses effets sur la santé ?
© Franck Boston - Fotolia.com

Le bisphénol A (BPA), un composé chimique utilisé dans de nombreux emballages alimentaires et interdit dans les biberons depuis 2011, continue de susciter l'inquiétude des consommateurs et des autorités sanitaires quant à ses effets potentiels sur la santé. L'Autorité pour la sécurité des aliments (Efsa) s'est penchée sur plus de 450 études portant sur ses dangers potentiels. Elle conclut que l'exposition au BPA est susceptible d'avoir des effets défavorables sur les reins et le foie, ainsi que sur les glandes mammaires. De plus, elle note que des incertitudes subsistent quant à un certain nombre d'autres risques portant sur les systèmes reproductif, nerveux, immunitaire, métabolique, cardiovasculaire, mais aussi sur le développement des cancers. Bien que ces risques soient moins probables selon l'Agence, leur potentielle gravité sur la santé, fait qu'elle ne les écarte pas. Elle annonce qu'elle lance une consultation publique ouverte jusqu'au 13 mars 2014 sur l'évaluation des risques associés au bisphénol A pour la santé humaine. Toutes les parties prenantes et intéressées sont invitées à y formuler leurs observations.
Pas de risques sanitaires ? Par précaution et en attendant d'avoir des résultats tangibles, les experts de l'Efsa recommandent que la dose journalière tolérable (DJT) soit divisée par 10, soit abaissée de son niveau actuel de 50 µg/kg/jour à 5 µg/kg/jour. Si l'Efsa a décidé d'abaisser la DJT provisoirement, c'est "en raison des incertitudes qui persistent sur les risques posés par cette substance", a expliqué Iona Pratt, présidente du groupe scientifique de l'EFSA sur les matériaux en contact avec les aliments. "Nos experts ont identifié des dangers pour la santé associés à l'exposition au BPA. Cependant, nous estimons que le risque pour la santé humaine est faible parce que l'exposition des consommateurs au BPA est inférieure à la DJT provisoire."
Mais le Réseau environnement santé (RES) est septique. Dans un communiqué, il reproche à l'Efsa de s'appuyer sur deux études de 2002 et 2008, toutes deux menées par la même auteur, appartenant à un laboratoire dépendant de l'industrie chimique. Objet de critiques répétées et publiées dans la presse scientifique, ces études "frauduleuses" n'ont testé que de fortes doses de bisphénol A, ce qui ne permet pas de voir les effets survenant à faible dose. "Contre toute évidence, l'Efsa continue de nier le caractère de perturbateur endocrinien du BPA", s'inquiète l'association. André Cicolella, toxicologue et président du RES rappelle de plus que "95 % des 900 études publiées sur la toxicité du bisphénol A montrent des résultats positifs". Pour le médecin, l'Efsa ne remplit pas son rôle de protection de la santé publique. "La culture même de l'agence, son incapacité à régler adéquatement les questions de conflits d'intérêts, ses faillites méthodologiques et son acharnement à minimiser la philosophie de précaution qui sous-tend la réglementation européenne depuis les années1990 disqualifient de plus en plus l'EFSA, comme cela a été le cas aussi dans le dossier de l'aspartame". Il rappelle que l'Agence du médicament (ANSM) travaille au dépôt d'un dossier de restriction sur le papier thermique traité au BPA, en particulier les tickets de caisse et les reçus de cartes bancaires. 

En avril dernier, l'Agence française de l'alimentation (Anses) avait de son côté estimé que l'alimentation, via les boîtes de conserve ou les contenants en polycarbonate notamment, contribuait à 80 % de l'exposition humaine au BPA. Et s'inquiétait notamment de ses effets sur les femmes enceintes, particulièrement vulnérables. Elle pointait notamment des effets possibles d'une exposition in utero sur la glande mammaire, comme facteur de risque du cancer du sein

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