Les moins de 2 ans seront vaccinés contre 11 maladies dès 2018

Au lendemain de l'annonce du Premier ministre, Agnès Buzyn a tenu une conférence de presse pour présenter son plan Vaccination. Questions/réponses.

Les moins de 2 ans seront vaccinés contre 11 maladies dès 2018
© DmitryNaumov-123rf

Après le discours de politique générale d'Edouard Philippe devant les députés, Agnès Buzyn, a annoncé son intention de rendre obligatoire 8 vaccins supplémentaires, jusqu'alors recommandés pour la petite enfance. "La vaccination est depuis sa découverte l'un des progrès majeurs de la médecine, si ce n'est le plus grand, a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse. Elle a permis de sauver des millions de vies, d'enrayer la transmission de certaines maladies infectieuses et a participé à leur éradication." De 1000 décès par an par tétanos avant la généralisation de la vaccination, on compte ainsi moins de 5 décès chaque année. Autre exemple, grâce à la vaccination contre les infections invasives à pneumocoque chez l'enfant depuis 2003, le nombre de ces infections, source d'hospitalisation et de complications, a été réduit de moitié. 

Les vaccins sont des produits "surs", a-t-elle appuyé pour tenter de mettre fin aux polémiques. Ses bénéfices sont établis sur le plan scientifique et les vaccins font l'objet d'un suivi de pharmacovigilance. "Comme tout médicament, ils peuvent avoir des effets secondaires, mais le risque est bien plus important à ne pas être vacciné." Par ailleurs, précisant qu'elle "n'aime pas imposer des obligations", la ministre de la Santé a expliqué que se faire vacciner est aussi "une question de solidarité". Cela permet, grâce à l'immunité de groupe, de protéger les autres en évitant de transmettre les pathologies aux personnes les plus fragiles. "Vous n'avez pas le choix d'appliquer ou non le code de la route car de son application dépend non seulement votre vie, mais aussi celle de vos concitoyens", a-t-elle encore déclaré.

Qu'est-ce que cela va changer en pratique ?

L'extension à 11 vaccins obligatoires représente 10 injections pour les enfants, étalées sur 2 ans. Concrètement, cela ne va pas franchement modifier les pratiques. Au moins 70 % des enfants connaissent déjà ces 10 injections sur 2 ans et 80 %, plus de 8 injections. Le fait de rendre obligatoires les vaccins cible donc les familles qui refusent de se soumettre aux obligations de vaccination.

Quels sont ces 8 nouveaux vaccins obligatoires ?

Les vaccins contre l'haemophilius influenzae B (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites), la coqueluche, l'hépatite B, la rougeole, les oreillons, la rubéole, le méningocoque C (bactérie provoquant des méningites), le pneumocoque (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites) seront désormais obligatoires. Les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite le resteront.

Quand seront-ils obligatoires ?

La ministre de la Santé va présenter une mesure législative au Parlement en fin d'année, afin que l'obligation vaccinale puisse être effective début 2018. Alors que nombre de vaccins ont connu ces derniers mois des pénuries, c'est aussi le temps nécessaire pour vérifier la disponibilité des vaccins auprès des industriels.

Ces vaccins seront-ils remboursés ?

Les patients n'auront pas de coût à leur charge, a assuré la ministre de la Santé. Tous les vaccins obligatoires seront pris en charge à 65 % par l'Assurance maladie et à 35 % par les assurances complémentaires qui offrent un "contrat responsable". Par ailleurs, il existe différents circuits adaptés, notamment les centres de vaccination, qui proposent des prises en charge totalement gratuites.

Demain, d'autres vaccins pourront-ils être ajoutés à la liste ?

Un rendez-vous annuel sera instauré pour faire l'état des lieux de la vaccination en France : progression de la couverture vaccinale, épidémiologie des maladies concernées, pharmacovogilance. Ce sera aussi l'occasion de faire, si besoin, évoluer la liste des vaccins obligatoires. "Elle doit être adaptée à la situation épidémiologique du pays, mais si la situation évolue et que cela se justifie d'ajouter ou de retirer des vaccins, je le ferai", a expliqué Agnès Buzyn. En cas d'épidémies nouvelles et inattendues, la liste pourrait donc être allongée. 

Les vaccins recommandés sont-ils moins importants ?

Actuellement, la France a des taux de couverture vaccinale meilleurs que les autres pays pour les vaccins obligatoires, mais ils sont en revanche très insuffisants pour la plupart des vaccins recommandés. Alors qu'ils ne sont pas moins "importants". La différence vaccin recommandé/obligatoire n'a pas de fondement scientifique,"les deux sont tout aussi importants" a rappelé la ministre. Le risque d'une faible couverture vaccinale étant de voir revenir certaines maladies et engendre des hospitalisations et des décès évitables. Ainsi, dans le cas de la rougeole, la couverture vaccinale à 2 ans, qui devrait être de 95 % est seulement à 78 %. Ce qui implique un risque de vagues épidémiques périodiques. Entre 2008 et 2016, plus de 24 000 cas de rougeole ont ainsi été déclarés en France. Près de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique et 10 enfants sont décédés. "Cette situation est intolérable, a déclaré Agnès Buzyn. Nous ne pouvons pas supporter que des enfants et adolescents meurent en France alors que nous avons les moyens de les protéger."

Quelle peine en cas de refus ?

Que se passera-t-il si une famille s'oppose pour raison personnelle à la vaccination ? C'est une question juridique délicate qui va faire l'objet d'une expertise à la demande la ministre de la Santé. S'opposerait en effet une obligation de santé publique et un droit individuel. C'est pourquoi le ministère réfléchit à la mise en place d'une clause d'exemption. "L'idée, c'est de laisser une porte de sortie possible pour les personnes extrêmement gênées par cette mesure", a expliqué le Pr Alain Fischer, président de la Concertation citoyenne sur la vaccination. Mais cette clause serait soumise à des conditions, en particulier les parents devraient engager leur responsabilité. Car concrètement cela aurait des conséquences en termes de garde en collectivité. "Néanmoins, si la clause était mise en oeuvre par trop de personnes, elle pourrait être révoquée, par exemple en cas d'épidémie" a ajouté le Pr Fischer. La Californie qui a par exemple connu une épidémie de rougeole a justement été amenée à révoquer cette clause d'exemption.

Quand à des sanctions éventuelles, le ministère y réfléchit aussi, même si "ce n'est pas la meilleure façon d'avancer" a précisé Agnès Buzyn, avant d'ajouter préférer "la pédagogie" plutôt que les amandes. En Allemagne par exemple, des entretiens sont proposés aux familles qui refusent les vaccinations obligatoires.

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