Agnès Buzyn réfléchit à rendre obligatoires 11 vaccins

Aujourd'hui, seuls trois vaccins sont obligatoires (diphtérie, tétanos et poliomyélite). Demain, la loi pourrait évoluer pour élargir le champ des vaccinations obligatoires. La ministre de la Santé y est favorable.

Agnès Buzyn réfléchit à rendre obligatoires 11 vaccins
© CHAMUSSY/SIPA

Dans un entretien au Parisien, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, explique qu'il y a "urgence" à revoir la politique de vaccination en France. "Nous réfléchissons à rendre obligatoire, pour une durée limitée, les onze vaccins destinés aux enfants", explique-t-elle au quotidien ce 16 juin. Une position qu'elle justifie par une nécessaire "protection des enfants" et qu'elle appuie par des chiffres on ne peut plus parlants : "24 000 cas de rougeole depuis 2008, 10 morts, 1 500 infections pulmonaires graves, 31 encéphalites…". 

La ministre n'a pas le choix. En réalité cette position de la ministre de la Santé était attendue et déjà évoquée ces derniers mois. Ce qui pose problème c'est que selon la loi française, seulement trois vaccins sont obligatoires avant l'âge de 18 mois (diphtérie, tétanos, polio). Or depuis 2008, ces derniers sont commercialisés uniquement sous forme combinée, le plus souvent hexavalente, donc en association avec 3 autres vaccins "recommandés" (coqueluche, haemophilus influenzae b et hépatite B). Aussi, le Conseil d'Etat, saisi dans le cadre d'une action de groupe d'usagers, avait soulevé cette incohérence juridique en février dernier : "la loi, qui n'impose que trois obligations de vaccination, implique nécessairement qu'il soit possible de s'y conformer en usant de vaccins qui ne contiennent que ces trois vaccinations." Cette plus haute instance juridique avait donc sommé l'Etat français de prendre des mesures pour rendre disponibles les vaccins obligatoires. Sous un délai de 6 mois. Nous sommes en juin, il reste donc 2 mois au gouvernement pour s'y conformer.

Pourquoi rendre obligatoires tous les vaccins ? Trois options sont envisageables pour répondre au Conseil d'Etat : soit imposer aux laboratoires pharmaceutiques la commercialisation d'un vaccin pour les seuls DT-polio, soit modifier la loi pour supprimer toute obligation ou, au contraire, l'étendre aux autres pathologies. Mais la première solution est en réalité peu envisageable dans la mesure où élaborer ce vaccin, le tester et mettre en place une chaîne de production prend du temps. Face à cette impossibilité, dans un délai aussi court, il était très prévisible depuis le début que le gouvernement choisisse de faire évoluer la politique vaccinale. Du reste, cette idée n'est pas nouvelle : elle avait été suggérée dès janvier 2016 via le Plan de rénovation vaccinale, donc avant même l'injonction du Conseil d'Etat. Le Pr Fischer, chargé de piloter ce plan, avait précisé que cette distinction vaccin obligatoire/vaccin recommandé, donnait faussement l'impression que certains vaccins sont moins importants. D'où sa recommandation (fin 2016) "d'élargir la vaccination obligatoire des enfants pour les vaccins qui sont dans le calendrier vaccinal et qui sont administrés avant l'âge de 2 ans".

Les anti-vaccinations ont déjà réagi. Dans les colonnes du Parisien, le Président de l'Union nationale des associations citoyennes de santé (UNACS) évoque "le droit médical de chacun" et précise qu'il y a "d'autres moyens pour contrer les maladies : l'accès à l'eau potable dans le monde, de meilleures hygiènes de vie et d'alimentation." En outre, dans le contexte de méfiance vaccinale, née de plusieurs polémiques et ratages des autorités sanitaires (campagne de vaccination contre l'hépatite B, contre la grippe A ou encore contre les papillomavirus), la ministre de la Santé va devoir faire preuve de pédagogie. Auprès du grand public, mais aussi des professionnels de santé, dont une partie est aussi réticente à la vaccination. Sur ce point, la ministre précise qu'elle réfléchit "à rendre obligatoire la vaccination des professionnels de santé."

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