Dépakine : 2 000 à 4 000 enfants victimes de malformations en 50 ans

Cette évaluation est le second volet de l'étude réalisée par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la Caisse d'assurance maladie.

Dépakine : 2 000 à 4 000 enfants victimes de malformations en 50 ans
© Tatiana Kostareva - 123RF

Les médicaments à base de valproate seraient responsables d'au moins une malformation congénitale majeure chez 2 150 à 4 100 enfants, exposés in utero à cette molécule, sur l'ensemble de la période de commercialisation de la Dépakine et de ses dérivés, c'est-à-dire de 1967 à 2016. C'est ce qu'a estimé l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans le deuxième volet de son étude réalisée conjointement avec la Caisse d'assurance maladie (CNAMTS) et qui porte sur près de 2 millions de femmes enceintes, dont 2 321 ont été exposées au valproate de 2011 à 2015. 

Les enfants exposés à l'acide valproïque présentent des anomalies du système nerveux comme le spina bifida, des anomalies cardiovasculaires ou des organes génitaux externes. Au total, 26 malformations congénitales majeures sont pointées du doigt par les auteurs. Ainsi, "l'étude confirme le caractère tératogène [cause de malformations] très important du valproate. Autour de 3 000 malformations majeures, c'est particulièrement élevé", a affirmé le Dr Mahmoud Zureik, directeur scientifique de l'ANSM et co-auteur de l'étude, à l'AFP. Il apparaît par ailleurs que le risque de malformations congénitales majeures est globalement quatre fois plus élevé chez les enfants nés d'une femme traitée par valproate pour une épilepsie par rapport à la population générale. Il est deux fois plus élevé lorsque la mère est traitée par valproate pour un trouble bipolaire. "Cette différence résulte probablement d'un niveau d'exposition plus faible chez les femmes traitées pour un trouble bipolaire. En effet, les interruptions précoces de traitement sont fréquentes en cas de trouble bipolaire", explique l'ANSM dans son communiqué. Or, "le risque de malformations majeures est limité aux deux premiers mois de grossesse", a assuré le Dr Alain Weil, co-auteur de l'étude. L'ANSM précise par ailleurs qu'elle finalise l'évaluation du risque tératogène de l'ensemble des antiépileptiques. Une étude exploratrice sur les troubles neurodéveloppementaux sera également publiée au cours du second trimestre 2017.

8 700 enfants vivants exposés in utero. Le valproate ne peut plus être prescrit aux femmes enceintes ou en âge de procréer depuis 2015, sauf si les autres traitements n'ont pas fonctionné. Mahmoud Zureik estime que l'on observe "une baisse d'utilisation du valproate et de ses dérivés de l'ordre de 30% ces deux dernières années chez les femmes en âge de procréer comparée aux deux années précédentes". Selon le premier volet de l'étude publié en août 2016, plus de 14 000 femmes enceintes ont été exposées à l'acide valproïque et à ses dérivés entre 2007 et 2014. Ce sont ainsi 8 701 bébés vivants exposés in utero au valproate qui ont vu le jour. Début 2016, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait fait état de 450 enfants nés avec des malformations congénitales entre 2006 et 2014 après avoir été exposés au valproate. Bien que les effets nocifs de cette substance sur le fœtus soient connus depuis les années 80, ce n'est qu'en 2010 que les risques ont été indiqués aux patientes dans les notices des médicaments, et que fin 2014, que l'ANSM a alerté les médecins. Après la publication de cette étude, la ministre de la santé, Marisol Touraine, a mis en place un dispositif permettant la prise en charge en totalité par l'Assurance maladie des soins des patients et un dispositif d'indemnisation pour les victimes.

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