Immunothérapie et cancer : ces traitements porteurs d'espoir

On évoque une révolution, mais il reste encore des étapes à franchir. Décryptage de ces traitements prometteurs avec Sebastian Amigorena, chercheur à l'Institut Curie.

Immunothérapie et cancer : ces traitements porteurs d'espoir
© Dmitriy Shironosov - 123 RF

Le principe de l'immunothérapie du cancer, c'est d'enseigner au système immunitaire comment se défendre contre les cellules tumorales. On peut comparer cela à la vaccination, explique Sebastian Amigorena, directeur de l'unité Immunité et Cancer (Institut Curie/Inserm) . "Lorsqu'on vaccine, on injecte une bactérie ou un virus sous forme modifiée non pathogène, afin de stimuler la réponse immunitaire et ainsi faire en sorte que l'organisme s'en souvienne et puisse se défendre. En cancérologie, poursuit-il, on ne peut pas faire de vaccination car on ne sait pas à l'avance quel type de cancer va se développer chez chaque patient, mais on peut utiliser ce principe pour combattre le cancer une fois déclaré."

On sait aujourd'hui que notre système immunitaire est capable de détruire les cellules cancéreuses. "Dans le sang, nos cellules immunitaires, les lymphocytes T, savent faire la différence entre les cellules normales des cellules cancéreuses. Quand les lymphocytes T sont activés, ils sont capables de tuer les cellules de tumeur de manière spécifique." Mais parfois, les cellules tumorales mettent en place des stratégies qui consistent à afficher à leur surface des protéines non reconnues par le système immunitaire, ou des protéines qui bloquent le système immunitaire afin de le tromper. Pour éviter ces pièges, l'immunothérapie va "éduquer" le système immunitaire du patient, et cela par deux voies principales.

L'immunothérapie passive consiste à injecter des anticorps spécifiques produits en laboratoire et capables de se fixer aux cellules tumorales afin de bloquer leur croissance. Ces anticorps vont ainsi redonner la capacité aux cellules immunitaires de reconnaître et de tuer les cellules cancéreuses. "On apporte au patient quelque chose pour venir en aide à son système immunitaire déficient, en quelque sorte, on lui donne les armes pour se battre", commente Sebastian Amigorena. Cette approche se distingue de l'immunothérapie active, qui va directement stimuler le système immunitaire du patient afin qu'il soit capable d'attaquer sa tumeur. "Plutôt que de stimuler le système immunitaire, il s'agit cette fois de le débloquer", résume le chercheur.

Ce déblocage repose sur un principe simple : notre système immunitaire est freiné pour empêcher qu'il ne s'emballe et qu'il ne s'attaque aux cellules normales. Les cellules tumorales utilisent ces même mécanismes pour se protéger. Ces freins, aussi appelés "chek-point", peuvent être déverrouillés afin de réveiller l'immunité.

Quelle efficacité ? Si l'immunothérapie suscite beaucoup d'espoirs, ses résultats sont encore variables selon les types de cancers et selon les patients, qui n'y répondent pas tous de façon équivalente. Certains traitements sont toutefois utilisés depuis de nombreuses années. Ainsi, l'herceptin® est efficace pour traiter certains cancers du sein depuis plus de 15 ans.

Les nouveaux traitements qui débloquent les "check-points" suscitent aussi beaucoup d'espoir, avec des molécules comme anti-PLD1. "On observe des réponses cliniques chez des patients à des stades avancés, qui répondent mal à la chimiothérapie et qui ont développé des métastases, donc pour qui on a peu d'espoir, observe Sebastian Amigorena. Et surtout, ce sont des réponses durables. Pour les patients atteints de mélanome et de cancer du poumon, qui bénéficient de cette avancée thérapeutique, on observe de bons résultats, entre 20 % et 30 % d'efficacité. Mais, poursuit-il, si on combine deux anticorps contre le mélanome par exemple, on arrive à plus de 40 % d'efficacité." Autre avantage, ces traitements, même s'ils ne sont pas dénués d'effets toxiques, sont mieux tolérés que la chimiothérapie ou les thérapies ciblées. Côté immunothérapie passive, les cellules Car CAR-T, des lymphocytes issus de chaque patient qui sont modifiés pour reconnaître spécifiquement les cellules cancéreuses puis ré-injectés aux patients, donnent depuis peu des résultats thérapeutiques spectaculaires contre les leucémies aiguës lymphoblastiques, ou et les lymphomes non- hodgkiniens.

Une révolution en marche. Selon Sebastian Amigorena, la notion de "révolution" que l'on attribue régulièrement à l'immunothérapie demeure subjective. "Je dirais que c'est une voie prometteuse pour les cancers métastatiques que l'on ne sait actuellement pas traiter. Pour ces patients pour qui on n'avait plus d'espoir, on obtient parfois de vraies guérisons, sans rechute au bout de plusieurs années, c'est exceptionnel. Reste que pour l'instant, 20 % des patients répondent au traitement. Le jour où on passera à 80 % alors oui, on pourra parler de révolution !"

L'institut Curie ouvrira à l'automne 2017 un nouveau centre de recherche en immunothérapie, dirigé par Sebastian Amigorena. Sa spécificité : il sera intégré au cœur même de son hôpital parisien. Aussi, il rassemblera sur un même espace les laboratoires de recherche fondamentale et clinique et les espaces de soins, donc les médecins, les infirmiers, les malades... "Le problème, c'est que les services sont habituellement cloisonnés. Grâce à ce projet, s'enthousiasme Sebastian Amigorena, on va pouvoir se mélanger, interagir, mieux communiquer et apprendre chacun les uns des autres !"

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