Cancer du sein : l'utilisation du docétaxel est stoppée par précaution

Le médicament générique docétaxel est suspecté d'avoir provoqué le décès de cinq patientes traitées pour un cancer du sein à un stade précoce.

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[Mise à jour, 9/03/2017] Selon une information du Figaro, l'anticancéreux aurait fait 18 morts depuis sa commercialisation en France au milieu des années 1990, et non pas 7 comme annoncé initialement. Un chiffre qui aurait été évoqué lors d'une réunion discrète à l'Agence du médicament (ANSM) le 8 mars.

Compte tenu de l'existence d'une alternative thérapeutique (paclitaxel), l'Institut National du Cancer (INCa) en lien avec l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) avait recommandé, dans un communiqué publié le 17 février, d'éviter temporairement l'utilisation du docétaxel dans les cancers du sein localisés, opérables.

L'Agence du médicament était ainsi revenue sur ce qu'elle avait annoncé deux jours plus tôt, à savoir qu'en attendant les investigations en cours d'une enquête de pharmacovigilance lancée en septembre dernier pour évaluer le rapport bénéfice/risque de docétaxel, elle ne pouvait formuler aucune recommandation. Elle s'était donc contenté d'envoyer une lettre aux oncologues pour les informer de ces décès et rappeler l'existence d'une alternative au docétaxel, le paclitaxel. 

Pourtant, après ces décès, certains établissements de lutte contre le cancer avaient pris les devants et d'eux-mêmes décidé d'arrêter de prescrire ce médicament, sans attendre une décision de l'ANSM. Dans un communiqué diffusé jeudi 16 février, l'Institut Curie précisait que deux décès de patientes (le 1er juin 2016 et le 4 février 2017) avaient été signalés à l'ANSM. Et que, "devant la survenue, dans un espace-temps inhabituel, de ces deux cas similaires à l'Institut Curie ainsi que dans d'autres établissements de santé en France", l'Institut Curie avait, "par mesure de précaution, stoppé l'utilisation du docétaxel pour les traitements des cancers du sein et remplacé par le paclitaxel." 

Que sait-on de ces décès ? Les décès sont survenus dans au moins trois établissements différents (Institut Gustave Roussy, Institut Curie et Rennes). Les victimes avaient reçu le médicament en injection, soit avant d'être opérées pour réduire la taille de leur tumeur, soit après l'intervention pour réduire le risque de récidive. Toutes sont décédées d'une entérocolite, une inflammation de l'intestin grêle et du colon. "Au mois d'août, des médecins de l'IGR contactent l'Agence du médicament. Ils lui signifient que 4 femmes ont fait des chocs septiques après administration du générique du Taxotère et que, parmi elles, 3 sont décédées. Ils observent qu'a priori ce n'est pas le princeps de Sanofi qui serait en cause, mais bien sa copie, le générique", détaille Le Figaro du 16 février. Certes, on s'attend à des effets indésirables avec les chimiothérapies, mais ce qui étonne la communauté médicale, c'est le profil des patientes : âgées de 46 à 73 ans, avec un cancer diagnostiqué à un stade précoce sans métastase, donc de pronostic favorable. Autrement dit, on ne s'attend pas à des effets indésirables aussi graves avec un traitement dit "adjuvant", c'est-à-dire complémentaire à la thérapie principale. Ce qui pousse le Figaro à s'interroger : "Qu'a fait l'Agence du médicament ? Elle enquête", avant de citer un cancérologue qui observe qu'"à partir du moment où l'on sait qu'il y a potentiellement un risque avec un produit, il faut arrêter de le prescrire, surtout quand on a une alternative".

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