Doit-on vraiment soigner les hommes et les femmes de la même manière ?

Les différences biologiques entre hommes et femmes sont de plus en plus oubliées. Pourtant, une médecine différenciée assurerait une meilleure prise en charge médicale, pour l'un comme pour l'autre.

Doit-on vraiment soigner les hommes et les femmes de la même manière ?
© goodluz - 123RF

"Il ne faut plus limiter la différence entre les sexes, aux gonades et hormones", a affirmé Claudine Junien, généticienne membre correspondante de l'Académie Nationale de médecine, lors d'une conférence de presse, où experts et membres de l'Académie ont rappelé l'importance de prendre en compte les différences biologiques séparant les hommes et les femmes, lors de leur prise en charge médicale, mais aussi en recherche. 

Le sexe n'est pas le genre. Claudine Junien a d'abord tenu à rappeler la différence entre les termes "genre" et "sexe". Par définition, le sexe est déterminé biologiquement, il est mis en place dès le début du développement fœtal, et il est déterminé par les chromosomes sexuels X et Y. La différenciation sexuelle est donc d'abord génétique, puis hormonale, et conduit à des différences à la fois génétique, cellulaire et anatomique, entre les deux sexes. Le genre est quant à lui influencé par l'environnement et le milieu socio-culturel, il n'apparaît qu'à la naissance et se constitue tout au long de la vie. Genre et sexe s'influencent mutuellement. 

Face à la maladie, les hommes et les femmes sont différents. De fait, certaines pathologies sont plus fréquentes chez un sexe plutôt que chez l'autre. Par exemple, les maladies auto-immunes, la maladie d'Alzheimer, l'ostéoporose, ou encore le cancer de la thyroïde touchent majoritairement les femmes. A l'inverse, l'autisme, les AVC ischémique et les tumeurs du cerveau et du pancréas sont plus fréquents chez les hommes. Il existe également de grandes différences au niveau des maladies cardiovasculaires, que ce soit au niveau des symptômes, que des pathologies elles-mêmes. Par exemple, les insuffisances cardiaques chez les hommes sont en majorité dues à un problème systolique (leur cœur a du mal à se vider), alors que chez les femmes, l'insuffisance cardiaque est causée par une difficulté de remplissage du cœur, soit l'opposé. "Chez les femmes, 80 % des diagnostics sont inappropriés", a par ailleurs déclaré Vera Regitz-Zagrosek, cardiologue directrice de l'Institute for Gender in Medecine, à Berlin. Certains examens médicaux pour détecter des maladies cardiovasculaires sont ainsi proposés aux femmes qui se plaignent de douleurs à la poitrine, alors qu'elles ont des artères normales, a-t-elle précisé. A l'inverse, l'infarctus est parfois diagnostiqué avec du retard chez les femmes, car leurs symptômes (fatigue, troubles digestifs, palpitations, difficultés à respirer...) ont tendance à être associés à de l'angoisse, et non à un problème cardiovasculaire. Selon Jean-François Bach, immunologiste et membre de l'Académie de médecine, il est essentiel de comprendre ces différences, afin d'assurer une meilleure prise en charge des patients.

Moins de femmes participent aux essais cliniques. Homme et femmes sont aussi différents dans leur réaction aux traitements médicamenteux. Les effets secondaires varient même d'un sexe à l'autre. Pour l'Académie nationale de médecine, il est important de développer des traitements adaptés pour les femmes, et pour les hommes. Mais qu'en est-il de la recherche ? "Les études réalisées sur des animaux femelles sont rares", mentionne Vera Regitz-Zagrosek. Les femmes participent également moins aux essais cliniques que les hommes. Elles auraient en effet tendance à prendre moins de risque, notamment par rapport à leur vie de famille. "Si l'on ne fait que des études sur des mâles, on ne développe que des médicament adaptés aux hommes", conclut Vera Regitz-Zagrosek. Toujours selon l'Académie de médecine, il est nécessaire de mettre en place une médecine différenciée pour les femmes et pour les hommes. 

Pourquoi tant de retard ? Si les différences entre les hommes et les femmes sont scientifiquement avérées, pourquoi la France a-t-elle pris tant de retard comparée à ses voisins européen. "Il y a une peur que les recherches justifient le sexisme", décrit le  Peggy Sastre, docteur en philosophie des sciences. La peur réside dans la possibilité que la science puisse déterminer une hiérarchisation entre les deux sexes, affirmant alors une position de supériorité de l'un ou de l'autre. Or, pour l'Académie de médecine, cette hiérarchisation est au contraire à éviter, car elle n'aurait pas de fondement scientifique ou médical. Il s'agirait simplement de se baser sur ces divergences afin d'adapter la prises en charge médicale. Pour Jean-Paul Mialet, psychiatre, il y aurait même un danger à vouloir absolument renier les différences entre les hommes et les femmes. 

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