Super-bactérie et résistance aux antibiotiques : ce qu'il faut savoir

La résistance aux antibiotiques progresse depuis plusieurs années. Au point que le traitement d'infections banales comme les infections urinaires pourrait devenir compliqué. Explications.

Super-bactérie et résistance aux antibiotiques : ce qu'il faut savoir
© racorn - 123 RF

Une femme de 49 ans, dont le cas a été publié fin mai dans la revue Antimicrobial Agents and Chemotherapy, a contracté une infection urinaire provoquée par une souche mutante de la bactérie Escherichia coli (E.Coli). Problème : cette "super-bactérie", identifiée pour la première fois aux Etats-Unis, est résistante à tous les antibiotiques, y compris la colistine, un ancien antibiotique, habituellement utilisé en dernier recours. "Nous devons faire de très gros efforts pour protéger l'efficacité des antibiotiques pour notre génération et celle de nos enfants", a déclaré à l'AFP l'un des auteurs de l'étude, le Dr Frieden, lançant un appel au développement de nouvelles classes d'antibiotiques et à des mesures pour sensibiliser à un meilleur usage de ces médicaments largement sur-prescrits par des médecins.

Le problème n'est pas nouveau

Depuis plus de 30 ans, la résistance aux antibiotiques progresse. Et avec elle, un problème majeur : si ces médicaments deviennent inefficaces, les infections considérées aujourd'hui comme peu préoccupantes risquent de revenir à grande vitesse. L'OMS s'en inquiète et publie régulièrement des rapports afin d'alerter les gouvernements pour qu'ils mettent en place des mesures d'urgence et des campagnes d'information, de manière coordonnée. Ainsi, suite à la publication d'un rapport en avril 2015, le docteur  Keiji Fukuda, sous-directeur général pour la sécurité sanitaire de l'OMS avait déclaré : "il faut en faire davantage si nous ne voulons pas perdre des moyens de pratiquer la médecine et de traiter à la fois des maladies courantes et graves." 

Inquiétude autour des infections urinaires

Le problème, c'est que certaines pathologies, qui se soignaient jusqu'à présent très bien, commencent à poser problème. C'est le cas des infections urinaires à Escherichia coli, cette bactérie intestinale inoffensive dans nos tubes digestifs mais qui provoque des infections très douloureuses dès lors qu'elle se retrouve dans le système urinaire. Les premiers médicaments contre cette infection (les fluoroquinolones) ont été introduits dans les années 1980. À l'époque, la résistance était presque nulle mais aujourd'hui, le traitement est devenu inefficace pour plus de la moitié des patients. Dans quelques années, une infection urinaire qui se soigne actuellement grâce aux antibiotiques pourrait donc devenir dangereuse. Et pour cause : si E.Coli arrive à passer dans le système sanguin, elle peut causer des septicémies (infections généralisées du sang).

Et des maladies nosocomiales

Les bactéries responsables des maladies nosocomiales, ces maladies contractées à l'hôpital, pourraient elles aussi devenir super résistantes selon l'OMS. En conséquence, une opération chirurgicale anodine pourrait comporter un risque élevé de septicémie si les antibiotiques habituellement prescrits suite à une opération devenaient inefficaces contre les bactéries présentes dans les milieux hospitaliers.

La solution : utiliser les antibiotiques à bon escient

"Les antibiotiques, c'est pas automatique !" Le slogan lancé en 2002 par l'Assurance Maladie parle de lui-même mais aujourd'hui encore il semble que le message ne soit pas correctement passé. Non, les antibiotiques ne sont pas des potions magiques qui soignent tout et tout de suite. Rappelons que les antibiotiques ne peuvent rien contre les virus : ils sont efficaces uniquement contre les bactéries. Retenez que plus on les utilise, plus les résistances augmentent. 

Pas d'automédication

Première règle à s'imposer : ne jamais pratiquer d'automédication. Ainsi, quand vous prenez des antibiotiques, prenez-les tout le temps du traitement, même si vos symptômes ont disparu avant la fin. Ne conservez pas vos médicaments pour plus tard et ne les donnez pas non plus à quelqu'un d'autre, même s'il souffre des mêmes symptômes. Chaque prescription est individuelle et seul le médecin peut décider de ce qui est approprié.

Prévenir les infections

Parmi les mesures importantes à adopter pour limiter la résistance aux antibiotiques figure la prévention des infections. Cela commence par une bonne hygiène corporelle. Le simple fait de se laver les mains après être allé aux toilettes, après avoir éternué, en sortant des transports en commun ou avant de faire à manger peut permettre d'éviter bien des complications. L'accès à l'eau potable et la vaccination sont par ailleurs des priorités de l'OMS.

En savoir plus : le plan d'action mondial lancé par l'OMS lors de la 68e Assemblée Mondiale de la Santé qui s'est réuni à Genève le 26 mai 2015.

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