Glyphosate : pourquoi il fait polémique ?

Le glyphosate, l'herbicide le plus vendu en Europe, est suspecté d'être cancérigène. L'Union européenne, qui devait se prononcer sur le renouvellement de son autorisation, a une nouvelle fois reporté son vote. Entre enjeux de santé publique et économique, l'Europe peine à trancher.

Glyphosate : pourquoi il fait polémique ?
© Kostic Dusan - 123 RF

Le glyphosate est un désherbant. Mais pas n'importe lequel : c'est l'ingrédient du produit phare de la firme américaine Monsanto, le Roundup.

En France, son utilisation par les collectivités dans les espaces ouverts au public est interdite depuis le 1er janvier 2017 et celle par les particuliers sera elle interdite à partir du 1er janvier 2019. Son usage agricole reste donc autorisé. Bon marché, le glyphosate entre dans la composition de plus de 750 produits commercialisés par plus de 90 fabricants. Problème : des résidus de ce pesticide peuvent être retrouvés dans nos cours d'eau, mais aussi dans notre alimentation et avoir des effets sur notre santé, selon plusieurs études.

Ce 25 octobre, l'Union européenne devait donner son accord (ou non) au prolongement de cette autorisation pour 10 ans. La veille, le Parlement européen avait voté une objection appelant à sortir du glyphosate dans 5 ans. Mais, une fois de plus l'UE, n'ayant pas réussi à dégager une majorité qualifiée à sa proposition, reporte le vote à une date ultérieure non précisée.

Cancérigène ou pas ? Si le glyphosate suscite l'inquiétude, c'est parce qu'il est suspecté d'être cancérigène. Mais les études divergent. Le Centre international de recherche sur le Cancer de l'OMS (CIRC) le classait dans un rapport de mars 2015 en "cancérigène probable". Quelques mois plus tard, en novembre 2015, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSAestimait qu'il était "sans danger". Un autre rapport (mai 2016) des Nations Unies (dont fait partie l'OMS) estimait le risque comme "peu probable". De quoi semer un peu plus le trouble dans ce dossier.

L'interdire ? Limiter ses usages ? Alors que l'autorisation du glyphosate expirera le 31 décembre prochain, la procédure de renouvellement de l'autorisation du glyphosate est actuellement en cours au niveau européen. D'un côté, la Commission européenne propose de renouveler son autorisation pour une période de 10 ans. Non sans mal. Rappelons que l'autorisation de mise en vente de ce désherbant avait expiré une première fois le 30 juin 2016, avant d'être autorisé temporairement (pour une période de 18 mois) par la Commission européenne.

D'un autre côté, certains pays, à l'instar de la France et de l'Italie ont déclaré publiquement qu'ils voteraient contre le renouvellement de cette autorisation. Les députés européens de la commission Santé et Environnement (ENVI) viennent d'ailleurs de voter en faveur d'une sortie du glyphosate dans un délai de 3 ans. Quant à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, elle a déclaré que le glyphosate étant "un cancérigène probable selon l'Organisation Mondiale de la Santé", il est donc "impératif de faire en sorte qu'il ne soit plus utilisé". Interrogé sur CNews le 23 octobre, elle a précisé que cela devait se faire "le plus vite possible, de façon à être capable d'en sortir et sans trop pénaliser notre agriculture qui a besoin de trouver des alternatives."

Lobby contre lobby. Il faut dire que l'enjeu est évidemment économique : interdire le glyphosate serait catastrophique pour les entreprises qui le commercialisent. Mais aussi pour les agriculteurs qui devraient trouver des alternatives plus coûteuses pour désherber leurs terrains. Face à ce produit hyper stratégique pour l'industrie agro-alimentaire, les associations de défense de l'environnement remettent en cause l'indépendance des experts qui participent aux études. Pour Karine Jacquemart, directrice de Foodwatch France : "le glyphosate présente des risques pour la santé des agriculteurs, mais aussi des consommateurs qui retrouvent cette substance dans leur alimentation. Le principe de précaution doit être appliqué et la santé publique placée au-dessus des intérêts de l'industrie chimique."  Selon Michèle Rivasi, Député européen écologiste, "la collusion d'intérêts dont pâtissent les évaluations sur le glyphosate est d'autant plus grave qu'elle déstabilise les scientifiques dans leur travail, certains d'entre eux étant victimes d'intimidation." 

Stratégies frauduleuses. Pourquoi les agences européennes n'ont-elles pas suivi l'avis du CIRC qui classait en 2015 le glyphosate comme "cancérogène probable" ? Une récente enquête du Monde montrait comment Monsanto avait fait paraître des articles coécrits par ses employés et signés (contre rémunération) par des scientifiques pour contrer les informations dénonçant la toxicité du glyphosate. Les journalistes avaient eu accès aux documents internes (Les Monsanto Papers) que le géant de l'agrochimie avait été contraint de rendre publics à la suite de procédures judiciaires engagées aux Etats-Unis.

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