Etes-vous trop stressé au travail ?

A l'occasion de la Journée mondiale de la santé au travail, l'Organisation internationale du travail (OIT) publie un rapport sur les conséquences sanitaires et économiques du stress lié au travail. L'occasion de faire le point sur ses symptômes et facteurs de risque.

Etes-vous trop stressé au travail ?
© anatols - 123 RF

A l'occasion de la journée mondiale du stress et de la sécurité au travail, organisée le 28 avril, l'Organisation Internationale du Travail (OIT) publie un rapport autour du stress au travail. Son objectif : présenter un aperçu de la prévalence et de l'impact de ce stress, ainsi que les moyens préventifs pour en limiter les effets au sein des entreprises.

Stressé au travail : ça veut dire quoi ?

Quand certaines personnes ont besoin d'être sous pression pour travailler, le stress étant alors vécu comme un carburant qui les rendrait plus réactives, d'autres au contraire, restent paralysées, inefficaces. S'il y a bien des manières différentes, selon les individus, d'absorber et de gérer le stress au travail, comment peut-on finalement, le définir ? En fait, le terme stress décrit des états variés, allant d'un sentiment de malaise le matin à un état dépressif. Pour l'OIT, il s'agit d'une "réponse physique et émotionnelle nocive causée par un déséquilibre entre les exigences perçues et les capacités et ressources des individus pour faire face à ces exigences." En d'autres termes, le stress naît de ce décalage entre ce que l'on attend de vous et ce que vous estimez pouvoir rendre en retour. Ainsi, un salarié qui n'arrive plus à faire face aux demandes de son N+1, de même qu'un autre qui s'ennuie sur son lieu de travail parce qu'il n'est pas suffisamment sollicité ou impliqué dans l'entreprise, peuvent souffrir de stress. Cet état peut être la conséquence de ce que l'OIT appelle les "dangers psychosociaux", à savoir : tout ce qui touche aux conditions de travail (équipement inadéquat, tâches sans intérêt, surcharge ou sous-charge de travail, délais trop brefs, horaires imprévisibles, etc.) mais aussi au contexte global, c'est-à-dire à l'organisation du travail et aux relations professionnelles (manque de communication au sein de l'entreprise, absence d'objectifs, rémunération insuffisante, insécurité de l'emploi, conflits interpersonnels, etc.). Par ailleurs, le contexte personnel entre également en jeu. Ainsi, des "exigences contradictoires entre la vie personnelle et la vie professionnelle, un soutien familial insuffisant et des problèmes liés aux doubles carrières peuvent être source de stress", détaille le rapport.

Stress au travail : hommes et femmes, même combat ?

Même si les hommes et les femmes déclarent des niveaux de stress moyen similaires, ils le ressentent et le gèrent différemment. Ainsi, les femmes stressées évoquent plus souvent que les hommes des symptômes physiques et émotionnels associés au stress. Et pour y faire face, elles parviennent globalement mieux à mettre en place des stratégies de gestion du stress, elles vont en particulier facilement communiquer avec leur entourage et chercher à créer des contacts. Les hommes mettent à l'inverse moins l'accent sur la nécessité de gérer leur stress, par rapport aux femmes : ils croient moins à l'aide des psychologues et sont moins enclins à déployer des stratégies pour changer leur mode de vie et leur comportement. Autre différence, les hommes semblent plus réticents que les femmes à croire que le stress a des effets sur leur santé.

En outre, parmi les dangers psychosociaux qui peuvent être plus fréquents chez les femmes et spécifiques à celles-ci figurent, selon le rapport de l'OIT, "le double rôle qu'elles doivent assumer à la maison et au travail ; les rôles dévolus aux deux sexes par la société et l'influence des attentes sociales ; le risque de harcèlement sexuel au travail et de violence domestique ; et la discrimination fondée sur le genre que reflètent un salaire plus bas et des exigences du travail plus fortes."

Quels impacts sur la santé ?

Evidemment, l'impact du stress sera d'autant plus élevé que l'on aura des difficultés à y répondre et à mettre en place des stratégies de gestion du stress. Ainsi, pour un même niveau de stress, l'impact pourra varier d'une personne à l'autre. Toutefois, il est clair que des niveaux de stress élevés peuvent contribuer à une détérioration de l'état de santé, affirme l'OIT, notamment "au développement de troubles mentaux et comportementaux comme l'épuisement, le burn-out, l'anxiété et la dépression, ainsi qu'à d'autres déficiences physiques comme une maladie cardiovasculaire ou des troubles musculo-squelettiques". Par ailleurs, le stress a un impact sur l'apparition de comportement addictifs, tels que l'alcoolisme et le tabagisme. Autres conséquences, a priori moins sévères, mais ayant un vrai impact sur le bien-être : une mauvaise alimentation et les problèmes de sommeil. Enfin, un nombre croissant d'études le prouvent, le stress au travail est associé à une augmentation du taux d'accidents sur le lieu de travail. Et plus généralement, la présence de symptômes de stress lié au travail, cognitifs ou physiques, peut accroître la probabilité d'un défaut d'attention momentané, d'erreurs de jugement et/ou d'une incapacité à exercer des activités habituelles.

Quelles pistes pour limiter le stress au travail ?

L'OIT recommande de mettre en place des campagnes de sensibilisation au stress au travail, en prévention. Et suggère notamment de faire participer davantage les salariés aux prises de décision. "Globalement, les recherches montrent que des possibilités accrues de participer à la prise de décisions sont associées à un niveau de satisfaction et d'estime de soi plus élevé. Sur le long terme, une certaine autonomie dans l'exécution des tâches, aussi limitée soit-elle, a des effets bénéfiques sur la santé mentale et la productivité des travailleurs."

La quatrième enquête européenne sur les conditions de travail (EWCS, 2007) estimait que dans l'Union Européenne, 40 millions de personnes étaient affectées par le stress lié au travail. Celui-ci étant particulièrement répandu dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Par ailleurs, le rapport "Les risques psychosociaux en Europe: prévalence et stratégies en matière de prévention", édité en 2014, indique que 25% des travailleurs sont confrontés au stress lié au travail. En outre, une majorité d'entreprises en Europe se disent préoccupées : près de 80% des cadres s'inquiètent du stress lié au travail, et près d'un sur cinq considèrent la violence et le harcèlement comme un problème majeur. Malgré cela, moins d'un tiers des établissements ont mis en place des procédures pour gérer de tels risques. En France, contrairement à d'autres pays européens, on ne peut que déplorer l'absence de campagnes ministérielles d'information et de prévention autour du stress au travail.

Lire aussi