Herbicides : pourquoi Ségolène Royal veut les interdire ?

La ministre de l’Environnement souhaite interdire la commercialisation d’herbicides contenant du glyphosate, en raison de risques cancérogènes préoccupants.

Herbicides : pourquoi Ségolène Royal veut les interdire ?
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L'Anses, l'agence sanitaire chargée d'évaluer les risques sanitaires liés à l'environnement, vient de remettre un rapport, à la demande de Ségolène Royal, dans lequel elle précise les risques liés à l'utilisation du glyphosate. Cet herbicide, utilisé par les professionnels, comme par les jardiniers amateurs, se retrouve en effet dans l'environnement où il peut avoir des effets sur la santé. Même si, à ce stade, l'Anses ne le considère pas comme cancérigène, elle estime en revanche, que lorsqu'il est mélangé à d'autres produits (de la famille des tallow amines), il peut présenter des risques pour les utilisateurs.

Aussi, la ministre de l'Environnement demande à l'Anses de "ré-examiner immédiatement l'ensemble des préparations de glyphosate contenant ces co-formulants". Et l'invite à retirer "d'ici la fin du mois de mars", les autorisations de mise sur le marché des herbicides présentant des risques préoccupants pour la santé. Ces mesures viennent ainsi compléter les décisions déjà prises par Ségolène Royal, à savoir : l'interdiction de l'épandage aérien, l'interdiction de la vente en libre-service des pesticides pour les jardiniers amateurs et le zéro pesticides dans les jardins publics et les espaces verts.

Pesticides et risque de cancerSégolène Royal avait saisi l'Anses en avril 2015, à la suite des mises en garde du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) de l'OMS. De fait, celui-ci avait épinglé le glyphosate, l'herbicide le plus utilisé au monde, en le classant "cancérogène probable". L'OMS s'était alors appuyée sur une synthèse de la littérature scientifique, montrant que le glyphosate induisait un risque accru de cancer du sang. Suite à cet avis inquiétant, plusieurs pays avaient restreint son utilisation.

Avis contradictoires. Quelques mois plus tard, en novembre 2015, l'Agence européenne (EFSA) chargée d'évaluer la glyphosate, dans le cadre du renouvellement de son autorisation de commercialisation, avait pourtant donné un avis divergent, écartant alors tout risque de menace cancérigène pour l'homme. Et par là même, la possibilité d'une interdiction de mise sur le marché du glyphosate, une substance par ailleurs hyper stratégique dans le secteur de l'agro-alimentaire. La Glyphosate Task Force, qui regroupe les grands groupes comme Monsanto, s'était d'ailleurs félicitée des conclusions de l'agence européenne. Quand, de son côté Franziska Achterberg, en charge de la politique alimentaire dans l'UE chez Greenpeace, avait déclaré : "Une bonne partie du rapport s'inspire directement d'études non publiées commandées par des producteurs de glyphosate. La preuve du préjudice est irréfutable mais l'EFSA défie l'agence sur le cancer (le CIRC) qui fait autorité dans le monde pour faire plaisir à des sociétés comme Monsanto."

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