Cancer : la médecine personnalisée, une révolution en marche

C’est l’une des voies les plus prometteuses en cancérologie. Mais en quoi consiste réellement la médecine personnalisée ? Quels patients peuvent en bénéficier. Eclairage du Pr Blay, oncologue.

Cancer : la médecine personnalisée, une révolution en marche
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Selon un sondage Opinionway/Fondation ARC, seulement 1 Français sur 3 déclare bien ou très bien connaître les traitements du cancer. De plus, plus de 2/3 d'entre eux estiment que la médecine personnalisée n'est pas encore d'actualité. Pourtant, la recherche avance. On peut même parler de "révolution" selon le Pr Blay, oncologue (Centre Léon Bérard, Lyon). "Avec l'arrivée de ces nouvelles thérapies, on sort de l'âge de pierre", commente-t-il. Ici, l'objectif est en effet de traiter chaque patient de façon individualisée en fonction des spécificités génétiques et biologiques de sa tumeur, mais également en tenant compte de son environnement et de son mode de vie.

En clair, tout l'enjeu de ces nouvelles thérapies, qui représentent 10 à 15 % des traitements du cancer, est de proposer le bon médicament, au bon patient, au bon moment, à partir du profil moléculaire de la tumeur. L'idée étant de proposer, en fonction des anomalies génétiques identifiées, un traitement qui bloque les mécanismes essentiels à la croissance et à la survie des cellules cancéreuses. Le traitement étant ainsi adapté est plus efficace. Et permet d'éliminer les tumeurs, non plus en fonction de l'organe touché, mais en fonction d'anomalies génétiques. "Pendant longtemps, la médecine reposait uniquement sur la chimiothérapie. On obtenait des résultats mais sans comprendre réellement pourquoi cela marchait. La médecine personnalisée rompt avec cette médecine empirique, résume ainsi le Pr Blay. Depuis 4, 5 ans, on a ainsi une meilleure compréhension, en profondeur, du fonctionnement des cellules cancéreuses, via le décryptage des anomalies génétiques présentes dans ces cellules et à l'origine de l'apparition des cancers."

Et pour le patient, l'avantage est double. D'abord, le traitement est plus ciblé, donc plus efficace. "La meilleure compréhension des mécanismes génétiques à l'origine de la tumeur nous permet de proposer au patient un traitement plus spécifique. Ainsi, on se dirige vers une fragmentation de la pathologie cancéreuse en une multitude de pathologies avec des traitements distincts." De plus, le traitement est aussi mieux toléré par les patients. En effet, contrairement aux chimiothérapies classiques, les thérapies ciblées s'attaquent aux cellules cancéreuses tout en épargnant au maximum les cellules saines. Ce qui limite les effets secondaires.

Au-delà des traitements ciblés, la médecine personnalisée intègre globalement les actions de prévention qui visent à limiter les facteurs de risque (hérédité, consommation de tabac ou d'alcool, environnement, etc.). Mais aussi qui permettent de détecter le cancer au moment où il est possible de le guérir (dépistage). Enfin, la médecine personnalisée s'intéresse aux comportements qui améliorent l'efficacité des traitements, par exemple l'activité physique. Dans le cas du cancer du sein par exemple, l'activité physique comporte de nombreux bénéfices : diminution du risque de cancer, mais aussi diminution des séquelles liées à une opération du sein, comme le lymphœdème. C'est dans ce contexte que l'Institut Curie a lancé un programme Activ' en 2012, afin de faire bénéficier à des femmes ayant subi un cancer du sein d'un programme d'activité physique. Une autre étude menée par l'association Sourire à la vie, dans le service d'oncologie pédiatrique de l'hôpital de la Timone (Marseille) vise à prouver que l'activité physique améliore l'état de santé tout en allégeant la "médicalisation" de la prise en charge chez les enfants.

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