Deuxiemeavis.fr, le site censé éclairer vos décisions médicales fait polémique

Les créatrices de ce site de télémédecine disent vouloir aider les malades à trouver rapidement un second avis médical. Mais la démarche, très onéreuse pour les patients, fait hurler les représentants de médecins.

Deuxiemeavis.fr, le site censé éclairer vos décisions médicales fait polémique
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"Après avoir nous-mêmes vécu le parcours du combattant auquel se voit confronté chaque patient qui sollicite l'avis d'un spécialiste, nous avons décidé de créer un service l'accompagnant dans ses démarches et lui permettant de gagner du temps. Parce que les professionnels de santé sont les premiers à reconnaître que la médecine n'est pas une science exacte, nous pensons qu'un deuxième avis peut rassurer le patient et l'aider à prendre la bonne décision pour sa santé." C'est en ces termes que les trois fondatrices du site deuxiemeavis.fr justifient leur démarche, avant de revendiquer un "droit à l'accès à l'expertise".

Lancé le 1er décembre, ce service de médecine en ligne est associé à un Conseil scientifique, composé de médecins reconnus, tels que le Pr Laurent Degos (Vice-Président de l'Institut Pasteur), le Pr Didier Sicard (ancien président du Comité national d'éthique), le Dr Claire Bricaire (Service d'endocrinologie et médecine de la reproduction au CHU La Pitié Salpêtrière), le Pr Olivier Hanon (Chef de service de gérontologie à l'hôpital Broca), mais aussi Claude Rambaud (vice-présidente du Ciss, qui représente les associations de patients). Il promet une réponse qualitative "tenant compte des dernières avancées scientifiques" et rapide (délai de réponse compris entre 48h et 7 jours). Au total,180 pathologies peuvent être traitées par 84 experts.

Alors que les décisions médicales sont parfois lourdes de conséquences et difficiles à accepter par les patients, surtout en cas de maladie grave, on comprend bien la démarche des créatrices du site. Mais cette initiative n'est-elle pas surtout "commerciale", "scandaleuse", voire "dangereuse" se demande Le Monde dans un article publié le 16 décembre. Car si la démarche pour obtenir un avis est simple (il suffit de remplir un questionnaire médical et d'y attacher les pièces du dossier médical), le coût du service est facturé 295 euros (non remboursé par l'Assurance maladie) ! Ne joue-t-on donc pas sur le désarroi de patients prêts à tout pour échapper à un trop lourd diagnostic ? 

Une e-médecine à deux vitesses. L'initiative pourrait être soutenue par des complémentaires santé, afin de proposer un remboursement. L'une des créatrices du site précise au Parisien que "295 euros est le point d'équilibre si l'on arrive à 10 000 consultations par an, ce qui est beaucoup. Notre modèle économique, c'est que la consultation soit prise en charge par les complémentaires santé." Il n'empêche, le Conseil national de l'Ordre des médecins, qui va enquêter sur les nouvelles pratiques de télémédecine, est scandalisé. "Ce site pose le problème plus général de l'ubérisation de la santé qui passe par une plate-forme Internet sans respecter le vertueux parcours de soins défendu par les pouvoirs publics, explique dans les colonnes du quotidien Jacques Lucas, chargé du dossier à l'ordre dont il est le vice-président. Il y aurait alors deux portes d'accès aux soins, celle qui passe par ces complémentaires et celle des autres patients, ce qui créerait une inégalité." Le Président du premier syndicat de médecins, la CSMF, s'étonne également : "A l'heure où l'on parle d'égalité d'accès aux soins pour tous, proposer sur Internet un pseudo-deuxième avis pour près de 300 euros est scandaleux."

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