Arrêtons les antibiotiques inutiles ou ils ne seront plus efficaces

Pas automatiques, les antibiotiques. C’est un message simple, mais qui a pourtant bien du mal à passer. Alors que la consommation d’antibiotiques est de nouveau en hausse, la ministre de la Santé durcit le ton.

Arrêtons les antibiotiques inutiles ou ils ne seront plus efficaces
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Chaque année, près de 160 000 patients contractent une infection par un germe dit multi-résistant et près de 13 000 en meurent directement. En outre, alors que la consommation d’antibiotiques s’était stabilisée au cours des années 2000, elle repart à la hausse depuis 2010. Les médecins continuent de prescrire trop d’antibiotiques, et souvent trop longtemps, aussi bien en cabinet de ville, qu’à l’hôpital. De mauvaises statistiques, donc. Mais qui ne sont pas vraiment surprenantes. Les deux derniers rapports de l’OMS sur la consommation d’antibiotiques à l’échelle mondiale étaient déjà édifiants, le Directeur général de l’OMS évoquant même une "ère post-antibiotique" où "les infections courantes et les blessures mineures soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer."

Face à l’ampleur des chiffres issus d’une étude de l’Institut de veille sanitaire et dévoilés en début de semaine dans un rapport, "Tous ensemble, luttons contre les antibiotiques", Marisol Touraine a décidé de muscler les mesures de lutte contre la sur-consommation d’antibiotiques. Avec deux objectifs : "réduire de 25 % la consommation globale d’antibiotiques et faire passer la mortalité liée à l’antibiorésistance au-dessous de la barre des 10 000 décès par an d’ici 2017". La ministre a présenté à cette fin une feuille de route construite, sur la base des recommandations de l'auteur du rapport, le Dr Jean Carlet, autour de quatre axes : 

  • Assurer un pilotage national des actions de lutte contre l’antibiorésistance.
  • ​Encourager la recherche et l’innovation sur la résistance aux antibiotiques.
  • Mettre en place des campagnes de communication pour le grand public.
  • Défendre la reconnaissance d’un statut à part pour les antibiotiques, pour promouvoir la recherche de ces médicaments et faciliter l’accès de nouveaux médicaments sur le marché.

La France, le mauvais élève de l’Europe. La France consomme 30% d'antibiotiques de plus que la moyenne européenne et presque trois fois plus que les Pays-Bas, la Suède ou la Norvège, souligne le rapport. Et pourtant, qui a oublié ce célèbre slogan : "les antibiotiques, c’est pas automatique" ? De 2002 à 2005, cette campagne fut un véritable succès, avec une diminution de la consommation d’antibiotiques de 24%, soit 17,2 millions d’antibiothérapies évitées. Deux autres campagnes ont suivi, plus ou moins efficaces. Au final, le rapport souligne que "si ces trois campagnes ont progressivement amené le problème de l’antibiorésistance dans la sphère publique, celui-ci reste aujourd’hui largement méconnu par la population française."Aussi, en plus de relancer la sensibilisation du public aux dangers des antibiotiques, la ministre de la Santé annonce qu'elle va soutenir la demande d'associations de patients, le LIEN et AC2BMR, et de la société française de pathologies infectieuses, de faire de la lutte contre l'antibiorésistance la grande cause nationale pour 2016. 

Piqûre de rappel. Le problème, c’est que le recours aux antibiotiques est synonyme de traitement efficace pour la majorité des Français. Alors qu’en réalité, ils ne sont d’aucune utilité pour soigner une infection virale (bronchites,  angines ou otites virales notamment). Médecins, comme patients, doivent donc les utiliser à bon escient. Car plus on les utilise (mal), moins ils sont efficaces. Par ailleurs, il est important de respecter la dose et la durée du traitement (maximum 7 jours), même si les symptômes disparaissent. Enfin, la meilleure des mesures à prendre au niveau individuel pour prévenir les infections est le lavage des mains. Simple et efficace. Mais pas encore réflexe. 

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