Bisphénol A : toxique pour les bébés français, pas pour les autres ?

C’est une décision absurde que vient de prendre le Conseil Constitutionnel. Il estime en effet que les industriels du plastique peuvent exporter des biberons contenant du bisphénol A, malgré une interdiction de vente en France.

Bisphénol A : toxique pour les bébés français, pas pour les autres ?
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En matière de lutte contre le bisphénol A, la France est plus en avance que ses voisins européens. Certes, ce perturbateur endocrinien est banni des biberons en plastique au sein de toute l’Union européenne depuis janvier 2011. Mais la France, plus volontariste, a souhaité aller plus loin en votant en 2012 une loi visant à faire disparaître le bisphénol A de la totalité des contenants alimentaires susceptibles d’être en contact avec des denrées alimentaires. Sauf qu’en juin dernier, l’association PlasticsEurope avait saisi le Conseil d’Etat, plaidant une atteinte à sa liberté d’entreprendre. L’affaire avait ensuite été renvoyée devant le Conseil constitutionnel, qui vient de rendre sa décision. Il estime que la France est dans son droit pour suspendre la commercialisation du bisphénol A sur le sol français. En revanche, la fabrication et l’exportation, sont selon lui contraire à la Constitution car "portant atteinte à la liberté d’entreprendre". La député Michèle Rivasi (EELV) n’a pas tardé à réagir : "Les dangers d'un perturbateur endocrinien ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. Un Espagnol ou un Italien n'est pas plus résistant aux perturbateurs endocriniens qu'un Français." Le Réseau environnement santé (RES) évoque quant à lui une décision "absurde" du Conseil Constitutionnel. Mais aussi "l’incohérence des industriels", qui contestent la toxicité du bisphénol A, en dépit des études qui le démontrent "amplement".

L’incohérence est aussi du côté de l’Agence européenne, l’EFSA, dont le dernier avis, minimise les méfaits du bisphénol A sur la santé, contrairement à l’Agence Française (l’Anses), qui confirme sa toxicité. En janvier dernier, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, très offensive sur la question des perturbateurs endocriniens, avait déclaré vouloir faire expertiser les conclusions de l’EFSA, s’interrogeant de fait sur le "poids des lobbys" dans cette publication.

Pour rappel en France, le bisphénol A est banni des biberons depuis janvier 2011 et banni de l’ensemble des contenants alimentaires et des tickets de caisse depuis janvier 2015.

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