Les nourrissons mieux vaccinés contre l’hépatite B

Selon une étude menée par l’Inpes, la couverture vaccinale pour l’hépatite B des nourrissons est en forte progression, contrastant avec celle des ados. Des actions de rattrapage doivent être renforcées selon le BEH.

Les nourrissons mieux vaccinés contre l’hépatite B
© Mediteraneo

En France, la vaccination contre l’hépatite B est recommandée depuis 1994 chez tous les nourrissons, et en rattrapage chez les adolescents jusqu’à l’âge de 15 ans révolus. Mais depuis la fin des années 1990, une méfiance de la population française vis-à-vis de ce vaccin est observée. Elle est en partie due à la survenue de sclérose en plaques (SEP) chez des adolescents vaccinés. Aucun lien n’a toutefois été établi. En cette journée mondiale contre les hépatites, le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) fait notamment le point sur la réticence des parents face à la vaccination contre l’hépatite B ainsi que sur la couverture vaccinale chez l’enfant en France en 2014.

Des parents qui restent méfiants. La réticence des parents face à cette vaccination a été étudiée par le biais d’une enquête en ligne menée sur plus de 10 000 personnes dont 5 922 étaient parents d’au moins un enfant âgé d’un à 16 ans. Ces derniers ont été interrogés sur le statut vaccinal de chacun de leurs enfants. Parmi eux, 42,4% ont déclaré que tous leurs enfants étaient vaccinés contre l’hépatite B, tandis que 26,4% n’étaient pas certains de la vaccination de tous leurs enfants. 31,3% des parents ont quant à eux affirmé qu’au moins un de leurs enfants n’était pas vacciné. Parmi ceux-ci, trois profils ont été identifiés : les parents méfiants vis-à-vis de la vaccination mais qui n’y étaient pas formellement opposés (46,8%), les parents qui y étaient opposés (36%) et les parents compliants (17,2%) qui auraient accepté, pour la majorité, de faire vacciner leurs enfants si on leur avait proposé, ont-ils déclaré au moment de l’enquête. Adapter les interventions sur la vaccination des enfants contre l’hépatite B en fonction du profil des parents réfractaires à cette vaccination pourrait être ainsi envisageable, selon l'Inpes.

41,3% des ados ne sont pas vaccinés
contre l'hépatite B. © michaeljung

Une couverture vaccinale en hausse chez les nourrissons mais pas chez les ados. Les couvertures vaccinales pour l’hépatite B des bébés âgés de 6 mois, de 24 mois, des enfants plus grands et des adolescents ont également été observées. Il apparaît que la couverture vaccinale chez le nourrisson est en forte progression. En effet 92,1% des enfants âgés de 6 mois et nés en 2014 ont débuté une vaccination, contre 24,6% pour les enfants nés en 2004. Selon le BEH, ce sont certainement l’admission au remboursement du vaccin hexavalent qui protège contre six pathologies différentes, et la disparition des doses supplémentaires nécessaires à la vaccination contre l’hépatite B qui ont convaincu les parents. La vaccination des plus grands enfants et des adolescents est quant à elle très insuffisante. Seuls moins de la moitié d’entre eux sont en effet vaccinés et aucune progression de leur couverture vaccinale n’a été observée. L'enquête indique que les médecins généralistes ne proposent pas toujours une vaccination de rattrapage à ces patients. Selon le BEH, ces actions de rattrapage doivent donc être renforcées.

Un tiers des médecins proposent systématiquement la vaccination. Interrogés quant à leurs perceptions et leurs pratiques vis-à-vis de la vaccination contre l’hépatite B, les médecins généralistes sont un tiers à déclarer proposer systématiquement la vaccination contre l’hépatite B, tandis qu’un médecin sur 10 ne la propose "jamais". La moitié d’entre eux estime obtenir facilement l’adhésion à cette vaccination pour les adolescents non vaccinés. Les médecins perçoivent toutefois leur patientèle comme réticente vis-à-vis de cette vaccination.  Ils sont quant à eux 48% à juger le lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques "pas du tout probable" et 40,3% à le juger "peu probable". Le BEH recommande ainsi d’apporter aux médecins les arguments nécessaires pour faciliter l’adhésion à cette vaccination.

Administré tôt, le vaccin est efficace longtemps. L’hépatite B est une infection due au virus VHB transmissible par voie sanguine ou sexuelle. Elle peut être asymptomatique pendant plusieurs années avant d’évoluer vers des pathologies sévères (cirrhoses, cancer du foie). Alors, utile ou pas utile de vacciner les nourrissons à une période où le risque de contamination est très faible ? En premier lieu, "il faut savoir que lorsque le vaccin est administré très tôt, il est efficace longtemps, probablement à vie", nous expliquait Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations, dans un précédent dossier. "Par ailleurs, le début de l’adolescence est certes le meilleur moment pour vacciner contre l’hépatite B, mais à cette période, on sait qu’il est plus compliqué de vacciner les adolescents. Et pour cause : ils ne se préoccupent pas de leur santé et encore moins des vaccinations. Les parents n’y pensent pas non plus. Donc au final seulement 40 % des adolescents se font vacciner, ce qui veut dire que 60 % d’entre eux entrent dans une période de risque, sans protection !", déplore-t-il. Un constat partagé par le Pr Marcellin, hépatologue à l'hôpital Beaujon, que nous avions interrogé dans un précédent dossier : "On sait bien que les comportements les plus à risque ont lieu vers l'adolescence, lorsque l'on débute sa vie sexuelle et que l'on est moins conscient des dangers. Il est donc important d'être déjà protégé à ce moment-là. En outre, lorsque l'on est vacciné dans l'enfance, aucun rappel n'est nécessaire, on bénéficie d'une protection à vie."

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