Faut-il craindre le moustique tigre ?

Même si aucun cas autochtone de dengue ou de chikungunya n'a été signalé cette année, le fait est que le moustique tigre s’installe progressivement dans nos départements. Mais que se passerait-il en cas d’épidémie ?

Faut-il craindre le moustique tigre ?
© Saidin Jusoh - Fotolia.com

Entre le 1er mai et le 10 juillet 2015, l’Institut national de veille sanitaire (InVS) a notifié 295 cas suspects de dengue ou de chikungunya. Parmi eux, "26 cas importés de dengue ont été confirmés" et "11 cas importés de chikungunya ont été confirmés", précise l’institut dans le bulletin qu’il a publié le 13 juillet dernier. En revanche, "aucun cas autochtone" n’a été signalé. Autrement dit, tous ces malades avaient été piqués par des moustiques lors d’un séjour en dehors de la métropole et leurs symptômes sont apparus à leur retour. 

Le moustique tigre dans le ligne de mire des autorités de santé. Il y a un an, les Antilles françaises connaissaient une épidémie de chikungunya sans précédent. Inquiètes, les autorités de santé avaient même fortement redouté que l'épidémie gagne le Sud de la France pendant la période estivale. Il faut dire que ces dernières années, l'implantation du moustique tigre progresse chaque année davantage. De plus en plus de départements sont colonisés par Aedes albopictus, le moustique tigre vecteur de la dengue et du chikungunya. Observé pour la première fois en 2004 dans les Alpes-Maritimes, il est désormais présent dans 20 départements du sud de la France. Ce moustique originaire d’Asie du Sud-Est, identifiable par ses rayures noires et blanches, est particulièrement implanté dans les départements de l’Hérault, des Bouches-du-Rhône et du Var. Il est par ailleurs désormais présent sur tous les continents. "En raison de l’intense circulation internationale des personnes et l'implantation croissante d'Aedes albopictus en zone tempérée, le risque de dengue et de chikungunya est maintenant globalisé et ne fera que croître avec la progression de l'implantation du moustique tigre", avait expliqué Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique à l’InVS, en avril dernier, à l’occasion du lancement de plan de surveillance du moustique tigre en France. Depuis 2006, le ministère de la Santé a en effet mis en place un vaste dispositif de lutte contre le risque de dissémination de la dengue et du chikungunya en France métropolitaine afin de prévenir et limiter la circulation de ces virus pendant l'été. 

Recommandations aux voyageurs. Comme il n'existe pas de vaccin contre le chikungunya et la dengue, la prévention et le contrôle de la prolifération des moustiques restent les seuls moyens de s’en prémunir. Aussi, le ministère de la Santé recommande d'éliminer les points de reproduction des moustiques, en particulier les eaux stagnantes (dans les soucoupes de pots de fleurs, les pneus usagés, etc.). Par ailleurs, en cas de fièvre élevée subite (supérieure à 38,5°C), de douleurs sévères dans les articulations, muscles et maux de tête un à deux jours après un voyage, il est recommandé de consulter un médecin. Enfin, si vous partez en voyage dans une région tropicale, il est impératif de vous protéger des piqûres de moustiques : porter des vêtements couvrants et amples imprégnés d'insecticide, appliquer des produits anti-moustiques, dormir sous une moustiquaire préalablement traitée à l'insecticide, mettre en marche l'air conditionné car les moustiques n'aiment pas les basses températures.

Que se passerait-t-il en cas d’épidémie ? Concrètement pour qu’une épidémie démarre, il suffirait qu'une personne infestée par le virus au cours d'un voyage dans une région tropicale se fasse de nouveau piquer à son retour en France par un moustique tigre. Celui-ci pourrait alors transmettre le virus du chikungunya ou de la dengue à une autre personne via une simple piqûre. En 2007, un tel scénario avait conduit à une petite épidémie de 300 cas en Italie. 

A ce moment-là, les autorités de santé ont tout prévu : une action de lutte anti-vectorielle serait mise en place afin de contrôler le risque de transmission du virus, ainsi que nous l'avait expliqué l'année passée le docteur Harold Noël, épidémiologiste à l'Institut de veille sanitaire (InVS) : "il s'agira dans un premier temps de mener de vraies enquêtes entomologiques : interroger les personnes susceptibles d'être en contact avec la personne infestée pendant la période où celle-ci était contagieuse (soit entre 1 jour avant l'apparition de la fièvre et 7 jours après) dans un rayon de 200 m où le moustique a pu se déplacer. Puis de mener des opérations insecticides contre les moustiques dans toutes les zones à risque".

Rappelons enfin que les formes graves de chikungunya et de dengue sont rares pour les personnes en bonne santé. Les personnes avec des antécédents médicaux ou des maladies chroniques par exemple sont les plus fragiles, ainsi que les personnes aux âges extrêmes de la vie, personnes âgées et nouveau-nés. 

Départements et années d'implantation du moustique tigre en France métropolitaine. © InVS

 

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