Comprendre et éviter les perturbateurs endocriniens Quels risques pour la santé ?

Face aux risques avérés sur la santé, les autorités françaises et européennes ont élaboré des plans de lutte à l'échelle nationale et européenne. Objectifs : limiter les expositions et mieux comprendre les dangers.

Malformations génitales, stérilité, cancers… les effets des perturbateurs endocriniens sont variés. De nombreuses études sont menées en laboratoire sur des modèles animaux, avec extrapolation des résultats à l’humain. En parallèle, de larges enquêtes utilisent des cohortes, c’est-à-dire un nombre important de personnes suivies par des scientifiques sur plusieurs années voire plusieurs décennies. Ces études permettent d’observer les liens entre survenue de pathologies et facteurs d’exposition dans l’environnement quotidien. La cohorte PELAGIE (Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance) a ainsi été mise en place en Bretagne en 2002 et suit plus de 3 500 couples mère-enfant. Son objectif : "répondre aux préoccupations de santé, en particulier celle des enfants, dues à la présence de composés toxiques dans nos environnements quotidien" dévoile Cécile Chevrier, épidémiologiste à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) de Rennes, coordinatrice de ce projet.

À l’heure actuelle, les études scientifiques ont permis de démontrer l’action des perturbateurs endocriniens sur le système reproducteur de l’organisme lui-même ou des descendants avec une détérioration de la qualité du sperme menant à des problèmes de stérilité, des accouchements prématurés ou des nourrissons au poids inférieur à la normale, un retard du développement fœtal, des troubles de la puberté chez les adolescents conduisant souvent à une puberté précoce, une augmentation des cas de malformations génitales des nouveau-nés, des modifications sur le métabolisme avec la survenue d’obésité et de diabète et l’apparition de cancers hormonaux dépendants (cancer du sein, du testicule, de la prostate et de l’ovaire).

Malformations génitales, accouchement
prématuré, poids anormalement faible...
Les conséquences sur 
la santé des nourrissons sont nombreuses.
© Nenov Brothers - Fotolia.com

Par ailleurs, étant données la quantité et la variété de ces substances chimiques dans nos environnements, une des interrogations majeures est celle de leur impact quand elles s’additionnent dans un même organisme : c’est ce que les spécialistes appellent l’effet cocktail.

Enfin, du fait de leur arrivée relativement récente dans notre quotidien, les perturbateurs endocriniens conservent une large part de mystère quant à leur effet sur le long terme, voire sur plusieurs générations.

Enjeu politique. 100 000 nouveaux produits chimiques ont été introduits dans l’environnement au cours des cinquante dernières années. Le règlement sur l’Enregistrement, l’Évaluation, l’Autorisation et les Restrictions des substances chimiques (REACH) entré en application pour les pays de l’Union Européenne en juin 2007 prévoit d’améliorer la protection de la santé humaine en favorisant l’innovation pour remplacer certaines de ces substances. En parallèle, en France, le gouvernement a adopté en avril 2014 une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens qui vise à "prévenir les risques et limiter l’exposition, en particulier celle des populations sensibles, femmes enceintes et jeunes enfants." Elle s’inscrit dans les Plans Nationaux Santé Environnement qui traduisent la "volonté du gouvernement de réduire autant que possible et de façon la plus efficace les impacts des facteurs environnementaux sur la santé afin de permettre à chacun de vivre dans un environnement favorable à la santé" selon le site internet du Ministère de la Santé. Ces plans prévoient de renforcer la recherche scientifique sur les perturbateurs endocriniens, d’améliorer la surveillance et l’expertise sur ces substances mais aussi de mettre en place des règlementations plus strictes, des substitutions par d’autres composés et des larges campagnes d’informations et de formation des professionnels. C’est par exemple dans le cadre de ce plan national que l’usage du bisphénol A a été interdit dans les contenants alimentaires et les tickets de caisse en janvier 2015. 

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