Canicule et médicaments : un mélange parfois explosif

En période de vague de chaleurs, le corps est affaibli. La prise de médicaments comporte certains risques sous ces conditions extrêmes. On fait le point.

Canicule et médicaments : un mélange parfois explosif
© Jürgen Fälchle

Plus de doute possible : la canicule s’est installée sur une majeure partie de la France. Lorsqu’il fait chaud, des gestes simples sont à respecter pour éviter les coups de chaleur et la déshydratation. Mais certains médicaments peuvent compliquer la tâche, en aggravant les pertes d’eau ou encore en empêchant le corps de bien se refroidir. En effet, "sur la base de leurs propriétés pharmacologiques, certains médicaments pourraient contribuer à l’aggravation des états pathologiques graves induits par la chaleur" met en garde L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) dans une mise au point sur le bon usage des médicaments en cas de fortes chaleurs.

Les diurétiques aggravent la déshydratation. Parmi les médicaments à risque en cas de forte chaleur, ceux qui ont un effet diurétique et qui augmentent donc l’élimination d’eau au niveau des reins. Ils peuvent ainsi contribuer au risque de déshydratation. C'est le cas des médicaments contre les maladies cardiaques, contre l’hypertension ou encore contre les œdèmes.

Aspirine et anti-inflammatoires : risque de toxicité pour les reins. En parallèle, en cas de déshydratation, certaines substances peuvent s’avérer toxiques, notamment pour les reins.  C’est le cas des médicaments contre l’épilepsie, de certains antibiotiques, mais aussi, beaucoup plus couramment utilisés : l’aspirine et les anti-inflammatoires. De même, le paracétamol pris en période de forte chaleur peut endommager le fonctionnement du foie. Ne vous ruez donc pas sur ces antidouleurs pendant une canicule, et pensez surtout à beaucoup vous hydrater : les maux de tête peuvent être le signe d’une déshydratation ou d’un coup de chaleur.

Antihistaminiques et antidépresseurs : une régulation difficile de la température. L’action de certains composés peut gêner le phénomène de transpiration, qui permet au corps de se refroidir naturellement. Prudence donc si vous prenez des antidépresseurs ou des antihistaminiques prescrits contre les allergies. Par ailleurs, les médicaments agissant sur le système nerveux (psychotropes et neuroleptiques) perturbent la régulation interne de la température. En effet, "pour que le corps se refroidisse, il faut notamment que le système nerveux central puisse commander une dilatation des vaisseaux à la surface de la peau, afin de permettre une meilleure circulation de sang, une meilleure évacuation de la chaleur et une meilleure transpiration", explique l’ANSM. Lors d’une vague de chaleur prononcée, les substances qui bloquent ces mécanismes peuvent donc causer une hyperthermie.

Soleil et médicaments : attention aux photosensibilisants. Lorsqu’il fait beau et chaud, difficile de résister à l’envie de se faire bronzer au soleil. Mais attention, certains médicaments peuvent être photosensibilisants, c’est-à-dire qu’ils peuvent, chez certaines personnes, provoquer une réaction disproportionnée de la peau au contact des rayons UV. Cette réaction peut se traduire par un très fort coup de soleil, ou par une allergie (lucite estivale) ressemblant à de l’urticaire, avec rougeurs et démangeaisons. Ces médicaments aux effets photosensibilisants comprennent les antibiotiques de la classe des quinolones, les antidépresseurs, les neuroleptiques ou encore certains anti-inflammatoires. Pensez à bien vous protéger du soleil, avec une crème appropriée et des vêtements couvrants par exemple.

Ne jamais arrêter son traitement sans accord du médecin. Pour limiter les effets de ces médicaments, n'en abusez pas lorsqu'il fait très chaud et limitez vous aux traitements indispensables à votre santé. Encore plus qu'à l'ordinaire : ne pratiquez pas d'automédication pendant une canicule ! Pensez aussi à lire attentivement les notices de vos médicaments pour connaître les principaux risques et les éventuelles recommandations. Dans tous les cas, n’arrêtez jamais votre traitement sans en parler au préalable avec votre médecin. Il pourra évaluer les risques et vous conseiller la meilleure conduite à adopter. 

Bon à savoir : la plupart des médicaments ne se détériorent pas jusqu’à 30 ou 35 degrés, mais évitez de les garder dans votre sac à main lorsque les températures extérieures décollent. Ne les laissez pas non plus plusieurs heures dans des endroits très chauds, comme à l’intérieur de votre voiture par exemple.

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