Lutte contre le cancer : les nouvelles armes présentées au congrès de cancérologie de Chicago

Les cancérologues du monde entier se sont réunis à Chicago pour partager leurs recherches sur les nouveaux modes de traitement du cancer. On fait le point.

Lutte contre le cancer : les nouvelles armes présentées au congrès de cancérologie de Chicago
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Du 29 mai au 2 juin 2015 s’est tenu à Chicago le plus gros congrès annuel de cancérologie, organisé par l’American Society of Clinical Ecology (ASCO). Plus de 40 000 spécialistes s’y sont réunis pour présenter 5 000 études et les dernières nouveautés en matière de traitement contre le cancer y ont alors été dévoilées. L’objectif premier des recherches actuelles : multiplier les moyens de combat. En effet, "au stade local,  rien n’égale les traitements fondamentaux que sont la chirurgie et la radiothérapie. Ce qu’on cherche, ce sont des armes supplémentaires dans l’arsenal thérapeutique", explique ainsi Christophe Le Tourneau, chef de l’unité des essais précoces à l’Institut Curie.

L’immunothérapie "booste" le système immunitaire. Lorsque des cellules cancéreuses se trouvent dans notre organisme, elles "endorment" le système immunitaire pour ne pas qu’il les détruise. Mais l’injection de certaines molécules est capable de réveiller ce système de défense berné et endormi : c'est l'immunothérapie. Alors que les réactifs jusqu’ici utilisés (l’ipilimumab) généraient des effets secondaires dont une toxicité sévère avec inflammation du côlon chez près de 20 % des patients, de nouvelles molécules élaborées (dont le médicament nivolumab) ne provoquent cette réaction chez seulement moins de 5 % d'entre eux. Ce nouveau médicament est particulièrement intéressant car il engendre un gain de survie chez 10 % des malades. Cependant, la poursuite des recherches et des essais cliniques est nécessaire pour améliorer cette thérapie pour laquelle une injection toutes les deux à trois semaines est prescrite pendant une durée indéterminée, à savoir jusqu’à ce que les médecins observent une progression. Or le coût d’un tel traitement n’est pas négligeable, puisqu’une seule injection revient à plusieurs dizaines de milliers de dollars ! Ce qui explique que cette thérapie ne soit pour le moment utilisée que dans le cadre d'essais cliniques, sur des patients chez qui toutes les autres thérapies n’ont pas fonctionné.

Les molécules DBAIT pour améliorer la radiothérapie. De nouveaux composés font leur apparition dans plusieurs essais pour améliorer le succès des radiothérapies : il s’agit des DBAIT, des fragments d’ADN qui ne contiennent aucune information, et qui vont agir comme des leurres pour les cellules tumorales. Le mécanisme de duplication de ces cellules va alors se concentrer dessus, oubliant de se multiplier. Cette méthode ne présente pour le moment pas d’effet secondaire, et fournit des résultats très satisfaisants lorsqu’elle est administrée en parallèle d’une radiothérapie. Un des objectifs serait aussi de la coupler avec la technique de chimiothérapie pour obtenir une forte efficacité. Jusqu’ici cette technique n’est utilisée que sur le mélanome dans un essai clinique orchestré par Marie Dutreix, directeur de recherche à l’Institut Curie, et présente des taux de succès quatre fois supérieurs à ceux attendus. Pour le moment, les molécules DBAIT sont administrées en injection intra-tumorale (dans les cellules cancéreuses) ce qui se révèle parfois difficile selon la localisation de la tumeur. Mais depuis qu’il a été montré que ces molécules passaient dans la circulation sanguine, des recherches sont menées pour mettre au point l’injection de DBAIT par intraveineuse : ceci permettra de les utiliser pour d’autres types de cancer que le cancer de la peau. Ainsi, "à l’avenir, d’autres tumeurs pourraient en bénéficier puisque cette stratégie innovante concerne un mécanisme commun à tous les types de cancer", précise l’institut Curie dans un communiqué daté du 27 mai 2015.

Thérapies ciblées. Réaliser un séquençage de l’ADN des cellules tumorales permet d’identifier le gène ou la protéine défectueuse qui joue un rôle dans la mise en place du cancer. C’est le principe de la thérapie ciblée. Une fois le problème identifié, le médecin peut en effet prescrire un médicament qui le ciblera spécifiquement, sans endommager les cellules saines de l’organisme. Les effets secondaires d’un tel traitement seront donc quasiment inexistants. Cette technique a récemment fait l’objet d’un important essai clinique intitulé "SHIVA" mené par le docteur Christophe Le Tourneau à l’Institut Curie. "Le séquençage (bien que très coûteux) permet dans tous les cas d’orienter un patient vers des essais cliniques potentiellement fructeux " souligne-t-il. Les séquençages font d’ailleurs partie du troisième plan cancer établi par l’Institut National du Cancer (INCa) et validé par le gouvernement pour la période 2014-2018, à raison de 50 000 patients par an. Par ailleurs, l’administration d’un tel traitement se fait souvent par voie orale, ce qui simplifie notablement les soins médicaux. Ce type de thérapie appartient au domaine prometteur de la "médecine personnalisée" qui fait l’objet de réunions de concertation pluridisciplinaire dont bénéficient quatre à cinq patients par semaine depuis le mois d’octobre 2014 à l’Institut Curie.

Prévoir les récidives de cancers par une simple prise de sang. Dans la forme la plus agressive du cancer du sein, le cancer du sein inflammatoire, les récidives sont fréquentes et "dans un tiers des cas, la patiente est déjà porteuse de métastases au moment du diagnostic", précise l’Institut Curie. Or, "avant de s’implanter dans un nouvel organe pour former des métastases, les cellules tumorales quittent la tumeur d’origine et circulent dans l’organisme : ce sont les cellules tumorales circulantes (CTC)", explique cet Institut de recherche contre le cancer. Ce taux de CTC peut désormais être quantifié même lorsqu’il est très faible, et il "permet de détecter précocement les patientes présentant un risque de développer des métastases ou de rechuter". Une simple prise de sang permettrait ainsi aux médecins de déterminer rapidement les risques et d’agir en conséquence avec des traitements et des interventions adaptées.

L’arsenal contre le cancer est donc encore en train de se construire, et comporte de nombreux espoirs. L’association de plusieurs de ces méthodes s’avère très efficace mais pour le moment, "le seul frein est la toxicité des traitements qui peut être additionnelle", déplore le docteur Christophe Le Tourneau. 

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