La manipulation d’ADN sur des embryons humains a commencé

Une équipe de généticiens chinois a récemment réussi à modifier le génome d’embryons humains. Cette expérience soulève de nombreuses questions d'éthique.

La manipulation d’ADN sur des embryons humains a commencé
© © psdesign1

Bientôt la fin des maladies génétiques ? La question survient suite à la publication, le 18 avril dernier, d’une étude dans la revue scientifique Protein & Cell. L’équipe du Professeur Junjiu Huang, généticien à l’université de Guangzhou en Chine, y déclare avoir réussi à modifier le génome d’embryons humains. Il s’agit du premier cas jamais recensé d’une manipulation du génome humain avant la naissance.

Une modification au cœur de l’ADN. Pour réaliser leur expérience, les scientifiques ont récupéré 86 embryons humains non viables (ne pouvant aboutir à une naissance) auprès de centres de fertilité. Le but de ces travaux : modifier des gènes endommagés pour les remplacer par des gènes valides de manière à empêcher l'apparition d'une maladie sanguine mortelle, la béta-thalassémie. En pratique, ces chercheurs ont utilisé une technique qui permet de sectionner l’ADN en un endroit spécifique pour modifier précisément le gène qui s’y trouve. Ici, la réussite de l’étude n’est pas totale : sur les 86 embryons, un tiers seulement présente des résultats positifs et de nombreuses mutations non souhaitées sont apparues.

Une question d’éthique. Même si l’issue n’est pas totalement concluante, ces recherches constituent une première mondiale dans le domaine de la manipulation génétique. C’est pourquoi elle soulève de vifs débats quant à la modification d’embryons humains. Un avantage certain à une telle manipulation serait évidemment de mettre fin à de nombreuses maladies génétiques invalidantes et souvent mortelles, telles que la mucoviscidose ou la myopathie. Mais le côté sombre de cette avancée médicale se cache dans les dérives qu’elle offre. Une partie de la communauté scientifique craint ainsi l’émergence de pratiques eugénistes qui permettraient la sélection d’un bébé "parfait" selon des critères définis par ses parents. Autre interrogation : l’impact d’une telle modification de l’ADN sur les descendants des personnes manipulées reste totalement inconnu.

Cette intrusion polémique dans le code génétique humain a déclenché le 22 avril la publication d’un article sur le site de la prestigieuse revue Nature (qui avait d’ailleurs refusé de publier l’étude). Le biologiste Edward Lanphier, président de l’agence de biotechnologies Sangamo BioSciences en Californie y dévoile sa position : " Nous devons faire une pause dans cette recherche et avoir une discussion étendue sur la direction à prendre. "

Actuellement, en France, la recherche sur l’embryon humain est interdite par la loi de la bioéthique, à une exception près : si elle permet de générer des découvertes "susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs". Un cadre encore assez flou qui promet donc de nombreuses controverses.
 

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