Fin de vie : du débat, pas de consensus

S’il se veut consensuel, le texte de loi proposé par les députés Léonetti et Claeys et débattu à partir d’aujourd’hui à l’Assemblée nationale suscite déjà de vives réactions, tant du côté des anti que des pro-euthanasie.

Fin de vie : du débat, pas de consensus
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L’Assemblée nationale examine ce mardi la proposition de loi défendue par les députés Alain Claeys (PS) et Jean Léonetti (UMP). Avec cette loi, sur laquelle François Hollande et Manuel Valls se sont prononcés favorablement, les deux députés semblent avoir trouvé un terrain d’entente sur l’épineux sujet de la fin de vie. Le nouveau texte introduit l’idée d'une "sédation profonde et continue" en toute fin de vie permettant de "partir doucement et sans souffrance". Pour la première fois, il est ainsi question de sédation forte dans le but d'aider à mourir, dans un délai court. En revanche, il n'est ni question de suicide assisté (autorisé en Suisse), ni d'euthanasie active (légale en Belgique). Le texte prévoit en outre de donner plus de place à la parole des patients par le biais des directives anticipées, afin que leurs volontés soient mieux entendues et qu’elles "s’imposent" aux médecins.

Division autour de la question de la sédation profonde. D’un côté les anti-euthanasie dénoncent une euthanasie masquée, de l’autre les partisans de l’euthanasie estiment que la loi ne va pas assez loin. Lors des débats à l’Assemblée fin janvier dernier, une vingtaine de parlementaires de l’opposition, membres de la conservatrice Entente parlementaire pour la famille, avaient souligné que le texte s’aventurait sur "la pente glissante d’un droit à la mort". Si à gauche, les partisans d’une "aide médicale à mourir" sans ambiguïté avaient annoncé pour la plupart qu’ils soutiendraient la proposition de loi Claeys-Leonetti, plusieurs l'avaient jugée insuffisante, notamment Véronique Massonneau. Cette député écologiste (EELV), auteure d'une proposition de loi autorisant le suicide assisté et l'euthanasie dans certains cas et de manière strictement encadrée, avait estimé que les propositions Leonetti-Claeys ne permettent pas de "répondre à toutes les questions". Mais sa proposition de loi a été rejetée, sans surprise, dans l’hémicycle le 29 janvier. 

L'appel des représentants religeux. Aujourd’hui, les pro et anti-euthanasie, se sont rassemblés près du Palais Bourbon afin de manifester leur opposition au texte de loi. Soulager mais pas tuer, un collectif d’associations emmenées par Alliance Vita, mouvement proche de la Manif pour tous, demande "des ajustements pour sécuriser patients et médecins contre les dérives inéluctables" du texte. Les membres de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) quant à eux, ne veulent pas "mourir de faim et de soif après plusieurs jours d’une agonie lente et hypocrite", et réclament une "loi d’ultime Liberté" incluant l’euthanasie active. 
Hier, dans une tribune publiée sur lemonde.fr, des responsables religieux français (catholique, protestant, orthodoxe, juif et musulman) ont exprimé unanimement leur inquiétude par rapport à ce qui pour eux, "représenterait une nouvelle tentation : celle de donner la mort, sans l’avouer". Ce à quoi, Jean-Luc Roméro, Président de l'association ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), a répondu : "nous sommes dans un pays laïc : le débat religieux ou moral ne doit pas être valable au sein de l'Assemblée nationale."

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