Bisphénol A : le rapport qui fait scandale

Interdit dans l’ensemble des contenants alimentaires depuis janvier 2015, le bisphénol A ne présenterait pas de risques pour la santé, y compris chez les enfants et les femmes enceintes, selon l’Agence européenne de l’alimentation. Voici les raisons de douter de ses conclusions.

Bisphénol A : le rapport qui fait scandale
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L'exposition au bisphénol A aux niveaux actuels "ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs", même si de nombreux doutes restent à tirer au clair, a tranché mercredi l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (Efsa). A l’issue d’une complète réévaluation de cette substance plastique, elle préconise, certes, de diviser par douze la dose journalière tolérée. Mais évoque seulement des "incertitudes" quant aux effets potentiels du BPA sur la glande mammaire, ainsi que sur les systèmes reproductif, métabolique, neurocomportemental et immunitaire. Par ailleurs, même si elle n’exclut pas complètement une possible incidence sur les cancers, notamment le cancer du sein, elle considère que le lien est "peu probable".  

En somme, ce perturbateur endocrinien ne serait pas dangereux, ni pour les enfants, ni pour les femmes enceintes. Pourquoi l’Efsa dénie-t-elle les méfaits de bisphénol A ? 

Désaccord entre la France et l’Europe. Selon deux rapports, publiés en 2011 puis en 2013, par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), il ne fait aucun doute que le bisphénol A est toxique pour la santé. Le rapport établit notamment que les enfants exposés in utero au bisphénol A ont un risque accru de développer un cancer du sein plus tard dans leur vie. Des effets sur les glandes mammaires et la puberté précoce sont également démontrés. On y apprend, par ailleurs que les contenants alimentaires contribuent à 80 % de l’exposition au bisphénol A et que les femmes enceintes et les enfants y seraient particulièrement sensibles. Par précaution, l’Anses publie dès 2011, une brochure d’information incitant les femmes enceintes à réduire leur exposition au bisphénol A.

Rapport partial ? Comment se fait-il que d’un côté les autorités de santé françaises s’inquiètent des méfaits du bisphénol A, mais que de l’autre, les autorités européennes les minimisent ? Peut-être tout simplement parce que l’Efsa n’a pas la même rigueur scientifique. "L’Efsa continue à nier l’évidence", dénonce le Réseau environnement santé (RES) dans un communiqué de presse, publié mercredi. L’association, reproche à l’Efsa d’ignorer volontairement les "95 % du millier d’études" publiées sur la toxicité du BPA. "Rappelons que l'agence française, l'Anses a, au contraire, tenu compte de la littérature récente et proposé dans son rapport de 2013, sur la base de la mise en évidence de tumeurs mammaires chez les souris exposées pendant la gestation une dose journalière autorisée de 25 ng/kg/j, soit 160 fois plus faible que celle de l'Efsa", écrit-elle encore.

Ségolène Royal évoque les lobbys. Après les biberons et autres produits pour bébé, l’interdiction du bisphénol A est généralisée, depuis début janvier, à la totalité des contenants alimentaires. Très offensive sur ce sujet, Ségolène Royal, avait d'ailleurs lancé un plan de lutte global contre les perturbateurs endocriniens en avril dernier. Hier, suite à la publication du rapport européen, la ministre de l’Ecologie s’est dite "très surprise" des conclusions de l’EFSA, avant de s’interroger sur "le poids des lobbys". "Cet avis va à l’encontre d’avis d’autres structures qui, depuis des années pointent les risques liés à l’exposition au Bisphénol A", a-t-elle souligné, indiquant qu’elle allait demander à l’Anses de se pencher sur les conclusions de l’Efsa. "Le ministère va faire expertiser cet avis, pour voir si le poids des lobbys n’est pas intervenu dans sa publication".