Médicaments : jusqu'à quatre fois plus chers selon leur lieu de vente

Les prix des médicaments en accès libre se sont envolés en 2017. Un rapport détaille les différences de prix des médicaments vendus en pharmacie, sur Internet et dans les supermarchés. Et les moins chers ne se trouvent pas où vous pensez...

Le pharmacien est-il un commerçant comme les autres ? Apparemment oui, si l'on en croit les résultats de l'enquête menée par l'association Familles Rurales. Comme chaque année, elle révèle les résultats de son observatoire des prix des médicaments vendus sans ordonnance. Publiée mardi 12 décembre, l'étude porte sur des relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre 2017. Résultat ? Elle pointe une envolée des prix des médicaments en 2017 ainsi qu'une forte opacité quant aux prix qui varient du simple au triple d'une officine à l'autre.

Premier constat, les médicaments coûtent de plus en plus cher. Entre 2016 et 2017, l'association constate une évolution positive des prix pour la quasi totalité des médicaments étudiés. Certains, très courants, accusent une forte augmentation (+10 %), comme l'Activir ou le Nurofen. En outre, les auteurs de l'étude constatent surtout des écarts de prix selon les pharmacies. Par exemple, le Dacryum varie de 1,95 à 8,5 euros, soit un facteur supérieur à 4 selon la pharmacie et le prix de Maalox, prescrit pour traiter les maux d'estomac, passe de 2,75 à 9,10 euros. Pire, une différence de prix allant jusqu'à 20 euros a été observée sur une boîte de sevrage tabagique (Nicopass), alors que, rappelle l'association, le traitement doit être renouvelé régulièrement. "Cela constitue de fait un véritable frein à l'observance nécessaire à l'arrêt du tabac", souligne Familles Rurales. Seuls deux médicaments ont un rapport inférieur à 2, il s'agit de Biafinéact et de Hextril. 

Acheter sur Internet ses médicaments ? Depuis le 2 janvier 2013, la vente de médicaments délivrés sans ordonnance est désormais autorisée sur Internet sous certaines conditions. C'est donc logiquement qu'elle s'est fortement développée ces dernières années. La liste du ministère de la Santé au mois de juillet compte ainsi aujourd'hui 469 sites autorisés. Ces sites de vente en ligne ont donc été inclus dans l'enquête de Famille rurales. Alors, les antalgiques et autres sirops pour la toux sont-ils moins chers lorsqu'ils sont vendus sur le web ? La réponse est Non. Car malgré des prix attractifs, les frais de port pratiqués gomment littéralement cet avantage. En effet, le prix final payé par le consommateur rejoint, voire dépasse celui proposé en officine. Les frais de port s'élèvent en moyenne à 5,92 euros. Ils ne sont "offerts" qu'à partir de 60 euros d'achat en moyenne. Enfin, la réglementation de la vente de médicaments en ligne n'autorise que deux options : la livraison à domicile et le retrait en pharmacie. Or, 7 % des sites de pharmacies ne permettent pas de livraison à domicile. Dans ce cas, "quel est l'intérêt de commander en ligne pour les personnes qui ne disposent pas d'une pharmacie en proximité ou qui connaissent des problèmes de mobilité ?", s'interrogent les auteurs de l'étude. Par ailleurs, l'enquête souligne que les recommandations de bonnes pratiques des sites en ligne ne sont pas toujours respectées.

Les grandes surfaces, plus avantageuses ? C'est surprenant, mais dans certains cas, il est préférable d'aller en pharmacie plutôt qu'en grande ou moyenne surface. Par exemple, les jeunes parents qui achètent régulièrement du sérum physiologique ont intérêt à l'acheter en pharmacie où il coûte en moyenne 20 % moins cher qu'en GMS et 47 % moins cher sur Internet, hors frais de port.

Comparaison des prix de Physiologica (en €/boîte équivalent à 40 doses de 5 ml)
  Minimum Maximum Moyenne
Officine 1,95 9,90 4,26
Pharmacie en ligne 1,49 8,40 2,77
GMS 2,07 7,60 5,26

Comment expliquer de telles différences de prix dans les pharmacies ? Il faut savoir que les prix d'achat des médicaments varient selon la taille de la commande. Ainsi lorsque les commandes sont passées auprès d'un grossiste, les tarifs sont plus bas. Par ailleurs, environ 80 % des pharmaciens appartiennent à des groupements d'officines, ce qui leur permet de bénéficier de prix d'achat plus concurrentiels. Mais, au global, il n'y a pas de pharmacie moins chère que l'autre car les prix peuvent être bas pour certains produits, mais élevés pour d'autres. Le seul conseil est donc de comparer les prix pour chaque médicament. Oui mais... Encore faudrait-il que les prix soient clairement indiqués. Or entre la disparition des vignettes et le fait que les tickets de caisse délivrés dans les officines détaillent rarement les prix des médicaments, c'est plus que fastidieux. 

D'ailleurs, l'association déplore le manque de lisibilité des prix des médicaments d'officine. "Ils restent très largement absents des boîtes pour ne plus apparaître que sur des présentoirs, pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs, surtout pour les médicaments situés derrière le comptoir." A défaut de disposer de l'information due avant d'acheter, Familles Rurales réitère sa demande de délivrance systématique d'un ticket de caisse. "Il retrouverait ainsi une possibilité de comparaison dont il est totalement dépourvu aujourd'hui." 

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