Vaccin contre le cancer du col de l'utérus : vraiment utile ? Pr Graesslin : "Aucun lien de causalité entre cette vaccination et l'apparition de maladies auto-immunes"

Le Professeur Olivier Graesslin est Chef de service du département de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Reims et Secrétaire Général du Collège des Gynéco-Obstétriciens Français (CNGOF). Selon lui, l'association du dépistage et de la vaccination mise en œuvre de manière optimale devrait aboutir à une réduction du risque de cancer du col de l'utérus proche de 100 %.

Quelle proportion de femmes risque de développer des lésions cancéreuses ?
80 % des femmes sont en contact avec le virus HPV au cours de leur vie, qui est très fréquent et considéré comme un marqueur de l'activité sexuelle. Dans 9 cas sur 10, l'infection disparaît au bout de 12 à 18 mois grâce aux anticorps développés par les femmes. Dans 1 cas du 10, elle persiste mais peut encore guérir spontanément dans plus de de la moitiés des cas. Au final, ce sont moins de 3 à 4% des patientes qui vont développer des lésions précancéreuses.

A quoi sert le vaccin contre le cancer du col de l'utérus ?
D'après les essais cliniques qui ont précédé leur mise sur le marché, les vaccins sont efficaces contre les lésions induites par les papillomavirus à haut risque de type HPV 16 et 18, tous deux responsables de 75 % des cas de cancers du col de l'utérus. L'efficacité de ces vaccins sur le risque de développer des lésions précancéreuses est de presque 100 %. Cela a été prouvé en comparant une population de jeunes filles vaccinées à une population de jeunes filles non vaccinées. Chez celles qui avaient été vaccinées, aucune lésion précancéreuse n'avait été identifiée, contrairement à celles qui n'avaient pas été vaccinées.

Ce vaccin présente-t-il des risques ?
D'après toutes les études scientifiques internationales et françaises dont on dispose, il est clairement démontré une absence d'effets indésirables graves liée à la vaccination. Il n'y a en particulier aucun lien de causalité entre cette vaccination et l'apparition de maladies auto-immunes, comme la sclérose en plaques.

Si le vaccin est efficace pour éviter les lésions, nous n'avons pas encore de preuve quant à son efficacité sur la diminution du nombre de cancers du col de l'utérus...
Evidemment entre le moment où l'on peut être infecté et le moment où le cancer se développe, il peut se passer 10 à 15 ans. On saura donc si le vaccin est efficace pour réduire l'incidence du cancer du col dans 10 /15 ans. C'est mathématique. Mais on a déjà constaté une baisse d'incidence des lésions précancéreuses. Cependant en France, le taux de couverture vaccinale est très insuffisant (moins de 40% de la population cible) et nous sommes très en retard par rapport aux pays voisins.

Pourquoi se faire vacciner alors qu'on dispose d'un moyen préventif efficace, le frottis ?
La vaccination est un moyen de prévention primaire : il évite l'apparition de lésions précancéreuses. Le frottis est un moyen de prévention secondaire : il permet de dépister les lésions précancéreuses afin de les traiter avant qu'elles n'évoluent en cancer. Nous avons donc là deux stratégies complémentaires. C'est en les associant toutes les deux que l'on va diminuer l'incidence de la maladie. Le frottis a certes permis de diminuer l'incidence et la mortalité du cancer du col de l'utérus mais ce n'est pas suffisant car le taux de couverture du dépistage par frottis demeure faible en France (autour de 60-70% de la population cible). De plus, le traitement des lésions précancéreuses du col a un coût non négligeable et peut engendrer des complications sur la fertilité ou les grossesses.

Aujourd'hui, 40 % des femmes ne réalisent pas de frottis régulièrement alors que c'est un moyen efficace en termes de réduction de la mortalité du cancer du col de l'utérus. Est-ce qu'on ne devrait pas mettre la priorité sur les campagnes de dépistage ?
Effectivement, si le frottis était réalisé par toutes les femmes, régulièrement, cela permettrait de diminuer de façon très importante l'incidence du cancer du col de l'utérus. C'est bien une stratégie très efficace, à condition que les femmes se fassent suivre. Nous avons aujourd'hui 3000 cancers du col par an. Ce sont souvent des femmes qui soit n'ont pas fait de frottis, soit pas assez souvent, soit ont été diagnostiquées mais n'ont pas bénéficié de traitement, soit ont été traitées mais ont été perdues de vue. Bref, dans une grande majorité des cas, la mortalité liée au cancer du col de l'utérus est liée à un manque de suivi gynécologique. Ceci confirme la nécessité de mettre en place un dépistage systématique tous les trois ans associé à une meilleure couverture vaccinale, ce qui a été annoncé par le président Hollande dans le cadre du plan cancer 3. 

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