Vaccin contre le cancer du col de l'utérus : vraiment utile ? Me Camille Kouchner : "Il y a une coïncidence entre la vaccination et l'apparition des symptômes"

Me Camille Kouchner représente les patientes victimes d'effets secondaires suite à la vaccination contre le papillomavirus avec le vaccin Gardasil des laboratoires Sanofi Pasteur MSD. Les plaintes ont été déposées au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour blessures involontaires, mais aussi pour publicité trompeuse. 

Où en êtes-vous actuellement avec le dossier de l'affaire Gardasil ?
Nous avons déposé une plainte pénale groupée contre X au Parquet du tribunal de Bobigny. Au total, neuf jeunes filles, âgées de 18 à 41 ans, portent plainte. A ce jour, la plainte ne vise pas une personne en particulier car il y a beaucoup d'acteurs et il s'agit dans un premier temps de rechercher la responsabilité de chacun. Nous attendons la décision imminente du Parquet, de donner suite ou pas à l'affaire. Par ailleurs, d'autres victimes pourraient porter plainte car nous étudions actuellement une cinquantaine de dossiers. Mais cela prend du temps car il très compliqué de récupérer les dossiers médicaux.

Qui sont ces jeunes filles qui portent plainte ?
Parmi nos plaignantes, cinq souffrent de la maladie de Verneuil [maladie de peau inflammatoire, NDLR], que l'une d'elles cumule avec une maladie de Crohn. Une autre jeune femme a contracté un lupus, une autre la maladie de Guillain-Barré. Nous avons également un cas de myasthénie et un autre d'hypersomnie idiopathique. La maladie de Verneuil revient souvent dans l'étude de nos dossiers et c'est pourquoi nous pensons qu'il est nécessaire de les grouper. Aujourd'hui, les jeunes filles se retrouvent avec des traitements compliqués et lourds.

A quel moment sont apparus leurs symptômes et les ont-t-elles signalés ?
C'est un point qui m'a particulièrement interpellé dans l'étude de ces cas : la coïncidence temporelle entre la vaccination et l'apparition des symptômes, apparus 15 jours à 3 mois chez toutes les patientes. Le problème, c'est que ce sont des pathologies compliquées et dont le diagnostic peut être long. De plus, les patients sont souvent mal informés et donc ne pensent pas forcément à déclarer leurs symptômes. Et même quand ils le font, ils peuvent se heurter à des difficultés. Parmi nos plaignantes atteintes de la maladie de Verneuil, deux d'entre elles, chacune de leur côté, ont fait un signalement auprès de leur centre régional de pharmacovigilance. Mais toutes deux ont reçu la même lettre leur expliquant que la maladie de Verneuil ne faisait pas partie des effets secondaires du vaccin... Cela dénote clairement des dysfonctionnements au niveau de la pharmacovigilance.

Que reprochez-vous au vaccin Gardasil ?
Nous ne remettons pas en question le principe de la vaccination contre le cancer du col de l'utérus. Nous estimons en revanche que les bénéfices de ce vaccin ne sont pas suffisamment probants. En effet, nous manquons incontestablement de recul aujourd'hui pour dire si le vaccin est efficace pour diminuer le nombre de cancers du col de l'utérus. Il aurait fallu mener des études sur 15 ou 20 ans. De plus, les victimes ont manqué d'information sur les potentiels effets secondaires du vaccin. Par ailleurs, à côté du vaccin, nous disposons d'un moyen préventif efficace avec le frottis. La question que nous soulevons est la suivante : compte tenu de l'absence de données fiables sur son efficacité et sur le rapport bénéfice/risque du Gardasil, est-il raisonnable de continuer à exposer les jeunes filles à des effets secondaires graves ?  

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