Vaccin contre le cancer du col de l'utérus : vraiment utile ? Gardasil : à quoi sert-il ?

capture d'écran de la campagne publicitaire sur le gardasil, 2007.
Capture d'écran de la campagne publicitaire sur le Gardasil, 2007. © DR

Manque d'efficacité, effets secondaires, plaintes... Depuis sa mise sur le marché en 2006, le vaccin Gardasil essuie de violentes critiques.

Son objectif  : protéger des papillomavirus, des virus transmis lors des premières relations sexuelles. Des virus qui peuvent provoquer des lésions génitales, pouvant évoluer en cancer du col de l'utérus. Le vaccin est non obligatoire mais fortement recommandé aux jeunes filles de 11 à 14 ans, donc avant l'entrée dans la sexualité. Dès 2007, les mères sont la cible d'une campagne publicitaire les incitant à faire vacciner leurs filles. 

Le vaccin est très largement utilisé ailleurs dans le monde. Il soulève pourtant des questionnements, en particulier sur le manque de recul vis-à-vis de son efficacité.
Selon l'Agence du médicament, les études cliniques réalisées avant la commercialisation du vaccin montrent bien son efficacité en termes de protection contre les infections à papillomavirus. Elle cite l'exemple des Etats-Unis, où la vaccination a permis de diminuer de 11,5 % à 5,1 % les infections ciblées par le Gardasil. En revanche, "l'efficacité de la vaccination sur l'incidence des lésions cancéreuses de la sphère génitale ne pourra être démontrée qu'avec un recul de plusieurs années du fait de l'évolution de ces pathologies", précise-t-elle. En France, certains médecins s'étonnent qu'on ait mis sur le marché un vaccin sans connaître son efficacité. Ainsi, un collectif de médecins réunionnais emmenés par le docteur Chazournes s'interroge dès 2011, dans une lettre ouverte au ministre de la Santé, Xavier Bertrand : "l'efficacité du vaccin est-elle démontrée ? Est-il véritablement sans danger ?" et dénonce une campagne de vaccination fondée, selon eux, sur "une peur injustifiée". 

Autre point problématique, le vaccin ne protège que contre quatre souches de papillomavirus (responsables de 70 % des cancers du col de l'utérus), alors qu'il en existe 40 au total. C'est ce qui explique d'ailleurs que la vaccination ne dispense pas du dépistage régulier par frottis. Mais surtout, on ne sait pas quelles peuvent être les conséquences sur le long terme. "La protection est loin d'être totale, et rien ne permet de penser que l'écologie des virus ne vas pas se modifier au cours des prochaines années : une forte proportion de jeunes filles vaccinées pourrait conduire à une plus forte diffusion des virus contre lesquels le vaccin ne protège pas", note le Dr Dominique Dupagne, médecin généraliste et auteur, sur son site médical Atoute.org

Un vaccin onéreux. Selon la dernière campagne lancée par l'Institut contre le cancer et le ministère de la santé, 90 % des cancers du col de l'utérus pourraient être évités par un dépistage tous les 3 ans. Mais, paradoxe, 40 % des femmes ne réalisent pas de frottis régulièrement. Pourquoi ne pas se concentrer sur les campagnes de dépistage, moins coûteuses et dont l'efficacité est montrée ? Rappelons que le prix du Gardasil est de 123 euros l'unité, soit 369 euros les trois injections, avec un remboursement à 65 % par la sécurité sociale. Un rapport d'octobre 2012 de la Cour des comptes juge le vaccin Gardasil "inapproprié". Au-delà de la question du prix, la Cour conteste le montant de la prise en charge par la Sécurité sociale. D'un point de vue à la fois médical et économique, "la priorité devrait être donnée à l'organisation du dépistage".

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