Papillomavirus : et pourquoi pas le détecter avec un test urinaire ?

Des tests urinaires permettant de dépister les papillomavirus, responsables de la plupart des cancers du col de l'utérus, pourraient constituer une alternative acceptable aux frottis, selon une étude publiée mercredi. Eclairage du Dr Nasrine Callet, gynécologue et oncologue à l'Institut Curie.

Papillomavirus : et pourquoi pas le détecter avec un test urinaire ?
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Pour prévenir ce cancer, les femmes sont invitées à faire des frottis à 25 ans, puis à 26 ans, puis tous les trois ans jusqu'à 65 ans dans le cadre de dépistages individuels. Problème : une partie d'entre elles échappent à ces dépistages. Aussi, bien que les frottis ont fait la preuve de leur efficacité, l'Institut national du cancer (Inca) estime que 40 % des femmes ne se font pas dépister, faute de suivi gynécologique régulier. D'après le Baromètre cancer 2010, les femmes qui disposent de faibles revenus ou peu diplômées ont moins souvent recours au dépistage. Par ailleurs, les fortes disparités territoriales expliquent que certaines femmes soient tenues à l'écart de ce dépistage. Une situation d'autant plus regrettable que 90 % des cancers du col de l'utérus pourraient être évités par un dépistage tous les trois ans, rappelle l'Inca. 

Frottis versus test urinaire. En compilant les résultats de 14 études comparant l'efficacité des tests urinaires existants à ceux des frottis, des chercheurs britanniques ont trouvé des résultats assez similaires, avec toutefois un léger avantage aux frottis, indique une étude publiée sur le site Internet de la revue British Medical Journal

"Dépister les virus HPV dans les urines est intéressant dans la mesure où cela ne nécessite pas de pratiquer d'examen gynécologique comme c'est le cas avec le frottis, commente le Dr Nasrine Callet, gynécologue à l'Institut Curie. Pour les femmes éloignées des structures de soin et qui ne bénéficient pas de suivi gynécologique, c'est donc une bonne nouvelle en termes d'accessibilité et d'acceptabilité.

Les auteurs de l'étude reconnaissent toutefois que leurs résultats doivent être interprétés avec prudence en raison des variations existantes entre les études et de l'absence d'une méthode uniformisée de détection des HPV dans l'urine. "Il faut en effet rester prudent en attendant d'avoir une méthodologie homogène, confirme Nasrine Callet. Par ailleurs, ces résultats concluent à beaucoup de faux positifs : en cas de test urinaire positif, il s'avère que dans un tiers des cas, il est en réalité négatif, ce qui n'est pas négligeable. En revanche, on obtient des résultats plus fiables lorsque le test est négatif." 

Des tests peu coûteux. Dans un commentaire accompagnant l'étude, des chercheurs de Manchester soulignent que les tests urinaires pourraient également constituer des alternatives "bénéfiques et peu coûteuses" dans des pays à bas revenus et souffrant d'un manque d'infrastructures médicales. Rappelons que 80 % des femmes qui décèdent d'un cancer du col de l'utérus vivent dans les pays en voie de développement. "On a besoin de nouvelles méthodes pour mieux dépister le cancer du col de l'utérus dans les pays en voie de développement, confirme le Dr Nasrine Callet. Ces tests ne vont pas remplacer les frottis qui demeurent complémentaires pour confirmer le diagnostic. Par contre, ils seront utiles pour sélectionner les femmes les plus à risque. D'où une réelle utilité en termes de réduction des coûts de santé publique dans ces pays."

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