Cancer du sein : un dépistage renforcé pour les femmes à haut risque

Les femmes de moins de 50 ans ayant des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein ou ayant subi des irradiations à haute dose lors de radiothérapies devraient pouvoir bénéficier d'un dépistage renforcé, recommande la Haute autorité de santé (HAS).

Cancer du sein : un dépistage renforcé pour les femmes à haut risque
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En France, les femmes âgées de 50 à 74 ans sont invitées à participer tous les deux ans au programme de dépistage organisé du cancer du sein. Un dépistage auquel échappent certaines femmes de moins de 50 ans, pourtant à haut risque de développer un cancer du sein. Or si près de la moitié des cas surviennent chez des femmes de plus de 65 ans, près de 11 000 (soit un peu moins d'un quart) ont été diagnostiqués l'an dernier chez des patientes de moins de 50 ans, présentant généralement des facteurs de risques particuliers, notamment des antécédents familiaux. 

Fort de ce constat, la Haute autorité de santé (HAS) a listé les situations nécessitant un dépistage régulier, tous les ans, voire tous les six mois. Objectif : identifier, en fonction de leurs facteurs de risque, les femmes les plus susceptibles d'avoir un cancer du sein. Et ainsi améliorer leur dépistage précoce et donc leurs chances de survie.

La HAS a donc identifié 4 catégories de situations à risques pour lesquelles un dépistage spécifique est recommandé :
 les femmes ayant des antécédents personnels de cancer du sein. Ces femmes sont généralement bien suivies, mais la HAS rappelle qu'un examen clinique des seins doit être réalisé tous les 6 mois pendant les 2 ans qui suivent la fin du traitement, puis tous les ans. Une mammographie annuelle doit aussi être effectuée tous les ans.
 les femmes ayant subi des irradiations à haute dose lors de radiothérapies thoraciques (notamment pour traiter une maladie de Hodgkin). "Ces femmes ne savent pas forcément qu'elles sont à risque. C'est pourquoi, nous recommandons un dépistage par IRM tous les ans, 8 ans après la fin de l'irradiation et à partir de 30 ans", précise le Dr Catherine Colin, radiologue au CH Lyon Sud et membre du groupe de travail de la HAS, qui a élaboré ces recommandations.
 les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein. Mais ce n'est pas parce qu'une mère, une grand-mère ou une tante a contracté un cancer du sein, que l'on est soit même génétiquement prédisposé. Aussi, la HAS recommande aux professionnels de santé de tenir compte du score d'Eisinger, en tenant compte de l'histoire familiale et de l'arbre généalogique de la patiente. Dans un deuxième temps si ce score est élevé, celle-ci est orientée vers une consultation d'oncogénétique pour d'éventuels tests supplémentaires. "Cet outil présente une grande avancée, dans la mesure où il permet d'un côté d'identifier les femmes à haut risque et de leur proposer un dépistage plus fréquent. Et d'un autre côté, de rassurer celles qui estiment à tort être à risque", commente le Dr Catherine Colin. Rappelons que jusqu'à présent, seules les femmes qui ont une mutation identifiée des gènes BRCA 1 ou 2 (environ 0,2% des femmes) et présentent dès lors un risque très élevé de cancer du sein, bénéficient d'un dépistage renforcé.
 les femmes ayant des anomalies histologiques (antécédents d'hyperplasie lobulaire, d'hyperplasie canalaire ou de carcinome lobulaire). La HAS recommande aux femmes concernées de faire une mammographie tous les ans pendant 10 ans, puis tous les deux ans.

Mammographie et polémiques. La HAS a, par ailleurs, rappelé l'intérêt du dépistage organisé du cancer du sein pour toutes les femmes âgées de 50 à 74 ans, en dépit d'une polémique récurrente sur l'intérêt de ce dépistage mis en place en France en 2004. "Le dépistage organisé comporte des risques que nous connaissons comme le sur-diagnostic ou les cancers induits (liés aux irradiations des mammographies), mais le bénéfice risque reste très positif", souligne le Pr Harousseau, président du Collège de la Haute Autorité de Santé. Le sur-diagnostic fait référence à la détection de très petites tumeurs qui n'auraient pas eu d'impact du vivant de la personne concernée. Selon les études, ce risque est estimé entre 10 à 20 % des cas diagnostiqués. "En l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible de prédire l'évolution d'une lésion cancéreuse au moment où elle est dépistée. C'est pourquoi il est proposé, par précaution, de traiter l'ensemble des cancers détectés", souligne la HAS.

Par ailleurs, la HAS publiera avant la fin de l'année de nouvelles recommandations de dépistage systématique du cancer du sein chez les femmes entre 40 et 50 ans d'une part et après 75 ans d'autre part.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes, avec plus de 48 000 nouveaux cas en 2012, selon des statistiques de l'Institut National du cancer (INCa). De plus, une femme sur 8 sera concernée par un cancer du sein au cours de sa vie, rappelle le Pr Agnès Buzyn, présidente de l'INCa. 

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