Comment expliquer la pénurie de gynécologues en France ?

En dix ans, le nombre de gynécologues médicaux a diminué de 41,6%, ce qui représente seulement 3 spécialistes pour 100 000 femmes. Prendre rendez-vous est devenu un "parcours du combattant" selon une enquête du journal Le Monde.

Comment expliquer la pénurie de gynécologues en France ?
© 123rf-adamgregor

Consulter un gynécologue médical est devenu compliqué pour les femmes, selon une enquête du journal Le Monde publiée ce 27 décembre. Entre 2007 et 2017, leur nombre a chuté de 41,6 % et au 1er janvier 2017, le conseil national de l'Ordre des Médecins en recensait seulement 1 136 en France. Pire encore : le nombre de ces spécialistes pourrait bien tomber à 531 en 2025 (contre 1 648 en 2010) selon les projections de l'Ordre des Médecins. En outre, 39 départements comptent moins de gynécologues par habitants que la moyenne française (1 gynécologue pour 5 500 femmes de plus de 16 ans) et les villes ne sont pas épargnées. En région parisienne par exemple, à Aulnay-sous-Bois ou Ivry-sur-Seine, les gynécologues libéraux sont absents, selon le quotidien. 

Gynécologue médical et obstétricien. Tous les gynécologues ne manquent pas et il faut faire la différence entre les gynécologues médicaux, qui suivent le quotidien des femmes, et les gynécologues obstétricaux, qui s'occupent des grossesses, des accouchements et des actes chirurgicaux. Les gynécologues médicaux réalisent quant à eux des dépistages (cancers, MST), conseillent les femmes sur leur contraception, traitent les problèmes hormonaux et d'infertilité, la ménopause, les troubles du cycle, etc.

Comment expliquer cette pénurie de gynécologues ? 62 % des gynécologues à ce jour ont plus de 60 ans et cesseront leur activité sans successeurs pour la plupart. Si les départs à la retraite constituent l'une des raisons principales, le manque de formation en est une autre. En effet, entre 1987 et 2003, le diplôme français de gynécologie médicale a été supprimé, cette spécialité n'étant pas reconnue en Europe. Depuis 2007, "seule une soixantaine de ces spécialistes sont de nouveau formés chaque année", précise le journal Le Monde. Un chiffre insuffisant pour compenser le nombre de départ à la retraite et le taux de renouvellement des spécialistes. 

Quelles conséquences sur la santé des femmes ? "Dans certains départements, qui sont souvent déjà des "déserts médicaux", les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous s'allongent car les gynécologues se font rares, toutes spécialités confondues", précise l'étude. Certaines patientes sont contraintes de changer de département pour consulter un spécialiste. Pour Noëlle Mennecier, coprésidente du Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM), "l'accès de plus de plus en difficile aux gynécologues médicaux met en danger la santé de millions de femmes, des jeunes filles en particulier". 

Enfin, parce que les spécialistes coûtent chers, que les délais peuvent être reportés à l'année suivante ou que les trajets sont trop longs, certaines femmes se tournent alors vers d'autres professionnels de santé. "En 2016, les pilules contraceptives ont par exemple été prescrites pour moitié (51,2 %) par des gynécologues, à 44,2 % par des médecins généralistes et à 1,7 % par des sages-femmes" selon l'enquête, "Quant aux actes relatifs au suivi gynécologique (frottis, pose de stérilet), ils ont été réalisés en 2016 à 2,9 % par des sages-femmes, en hausse de 52 % par rapport à 2015", selon l'Ordre des sages-femmes.

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