Contraceptif Mirena et effets indésirables : faut-il s'inquiéter ?

L'Agence du médicament a rendu public en novembre dernier les conclusions d'un rapport d'expertise sur les dispositifs intra-utérins. Il met en évidence une hausse des signalements d'effets indésirables depuis mai 2017. On fait le point avec le Dr Thierry Harvey, gynécologue.

Contraceptif Mirena et effets indésirables : faut-il s'inquiéter ?
©  Javier Sanchez Mingorance - 123 RF

Après le 15 mai 2017 et jusqu'au 4 août 2017, 2 714 cas d'effet indésirables, dont 1 789 "graves", ont été rapportés à l'Agence du médicament (ANSM). "La plupart des déclarations reçues après le 15 mai 2017 fait état d'effets indésirables déjà connus et précisés dans la notice d'information destinée aux femmes". Il s'agit notamment des céphalées, d'acné, de douleurs abdominales, d'une diminution de la libido, ou encore de prise de poids. En ce qui concerne les troubles qui ne figuraient pas dans la notice (asthénie, séborrhée), ils vont être ajoutés, précise l'ANSM. En outre les troubles anxieux sont particulièrement représentés (870 signalements sur 2714). A ce sujet, l'Agence européenne du médicament (EMA) est rassurante : selon un récent rapport (novembre 2017), il n'y a pas suffisamment de données pour établir un lien direct entre l'apparition de ces effets indésirables, l'anxiété en particulier, et ces contraceptifs. 

"Les effets secondaires rapportés sont connus depuis le début de la commercialisation du stérilet Mirena en France, il y a 20 ans, nous confirme le Dr Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien et chef du service maternité de l'hôpital des Diaconesses à Paris. On a même bientôt 30 ans de recul, puisque, poursuit-il, ce contraceptif inventé par un finlandais, a été commercialisé en Finlande et en Suède dès 1990 par les laboratoires Schering. On sait que 3 à 5 % des femmes ont des effets indésirables, ce n'est pas nouveau. Le rapport bénéfice/risque demeure positif."

Acné, saignements... Rappelons que deux types de contraception intra-utérins sont actuellement commercialisés en France. On distingue les DIU au cuivre dont l'effet contraceptif est purement mécanique, et les DIU progestatifs (Mirena et Jaydes) qui agissent en diffusant localement une hormone, le lévonorgestrel. Ces derniers fonctionnent grosso modo comme une pilule de 2e génération, précise le Dr Harvey. Leur mécanisme est double : les hormones induisent un épaississement de la glaire cervicale, qui ferme le col (et bloque le passage des spermatozoïdes), tout en limitant la prolifération de l'endomètre, ce qui empêche toute nidation. "Le dispositif diffuse localement à 90 % dans l'utérus, et à 10 % dans la circulation générale, ce qui donne lieu à des effets indésirables variables selon les femmes, précise le gynécologue. Principalement, "elles peuvent être sujettes à des saignements irréguliers", observe-t-il. Il faut savoir aussi que le levonorgestrel peut avoir, chez certaines femmes, un effet androgénique, c'est-à-dire qu'il provoque une augmentation des hormones mâles, avec des effets variables : acné, cheveux gras, perte de cheveux, etc. Les troubles de la libido et les troubles de l'humeur peuvent également survenir. Néanmoins, souligne le Dr Harvey, son efficacité contraceptive est excellente, "équivalente à une ligature des trompes quand il est bien posé". C'est aussi une contraception particulièrement adaptée aux femmes qui oublient souvent leur pilule et qui peuvent donc être exposées au risque de grossesse non programmée. Et au-delà de cela, le DIU hormonal a aussi une efficacité thérapeutique puisqu'il diminue le risque d'infections gynécologiques.

Défaut d'écoute. Dans son rapport d'expertise, l'Agence de médicament souligne que des groupes Facebook et des forums ont été créés par des femmes utilisatrices du dispositif intra-utérin Mirena pour relater et partager leur vécu sous Mirena et, notamment, des effets qu'elles attribuent au port de ce dispositif. "L'activité de ces groupes s'est accrue au début de l'année 2017", est-il précisé, à un moment qui coïncide avec la mise en service du portail de signalement des effets indésirables. "Cette chronologie particulière (activité des communautés virtuelles de patients à partir de début 2017, ouverture du portail de signalement à partir de mars 2017, et médiatisation de l'action des groupes de patientes à partir de mai 2017) doit être prise en compte lors de l'analyse des données de notification spontanée", analyse ainsi l'ANSM.

Au-delà de ce contexte, et du fait que la plupart des effets sont mentionnés dans la notice de Mirena, les plaintes de ces femmes ne peuvent être balayées d'un revers de main, commente Thierry Harvey. Car selon lui, les gynécologues ont leur part de responsabilité. "Il faut écouter les plaintes des femmes, elles sont rares, mais elles sont réelles, donc nous ne pouvons plus faire comme si cela n'existait pas. C'est la même chose avec les troubles de la libido sous pilule, qui ont trop longtemps été sous-estimés, voire ignorés. Selon moi ce "Mirena bashing" est lié à un défaut d'information, comme ce fut la cas récemment avec les dispositifs de contraception définitive Essure. Pour 95 à 97 % des femmes, tout se passe bien, mais il faut écouter celles pour qui ce n'est pas le cas et prendre le temps d'expliquer."

L'Agence du médicament souligne aussi un manque d'information au moment de la prescription et de la pose sur la possibilité de survenue de tels effets indésirables. Sur les réseaux sociaux, certaines femmes remarquent d'ailleurs que la notice est souvent jetée avec la boîte contenant le dispositif au moment de la pose de celui-ci ! Pour améliorer l'information aux femmes vis-à-vis des avantages et inconvénients du DIU hormonal, l'ANSM précise qu'elle mettra à disposition, avant la fin de l'année, un document d'information. En cas d'apparition de trouble inhabituel (anxiété notamment), n'hésitez pas à en parler avec votre gynécologue et à poser des questions.

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