Retrait du Cytotec, un médicament utilisé pour déclencher l'accouchement

Ce médicament utilisé pour déclencher les accouchements à terme, sera retiré du marché français à partir de mars 2018, a annoncé l'Agence du médicament.

Retrait du Cytotec, un médicament utilisé pour déclencher l'accouchement
© dolgachov - 123 RF

A l'occasion des 6e Etats généraux, organisés jeudi à Paris par l'association le Lien de défense des patients, le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, Directrice générale adjointe de l'Agence du médicament (ANSM) a expliqué à l'AFP que le laboratoire Pfizer a décidé de retirer du marché français le Cytotec, un anti-ulcéreux utilisé de manière détournée en gynécologie lors des accouchements et des IVG. Le retrait sera effectif à partir de mars 2018, "afin de permettre aux industriels qui commercialisent déjà les médicaments Gymiso et Misoone, contenant la même molécule, d'augmenter leur production afin de sécuriser l'accès à l'IVG médicamenteuse", a-t-elle précisé.

Pourquoi le Cytotec pose-t-il problème ? Le Cytotec est un médicament disposant d'une autorisation de mise sur le marché pour les traitements des ulcères de l'estomac. Mais il est utilisé de façon détournée depuis des années, pour accélérer les contractions lors des accouchements déclenchés, mais aussi dans le cadre d'IVG médicamenteuses. Une pratique qui n'est pas illégale mais qui est censée se limiter aux prescriptions sans alternatives et après information de la patiente. Problème : des effets indésirables graves ont été rapportés ces dernières années (hémorragies, ruptures utérines, anomalies du rythme cardiaque, etc.) et ont fait l'objet de mises en garde par l'Agence du médicament.

Le médicament, qui se prend normalement par voie orale, contient du misoprostol, une molécule qui appartient à la famille des prostaglandines. C'est  une bonne molécule, notamment pour la gestion des fausses couches, explique au Parisien, le Dr Thierry Harvey gynécologue-obstétricien et Chef de service de la maternité des Diaconesses. Mais dans le cadre d'un accouchement, il doit être administré par voie vaginale sans dépasser la dose de 25 microgrammes, une dose bien inférieure à celle du comprimé (200 microgrammes). Cet usage détourné implique autrement dit des risques de surdosage, avec des conséquences graves, en particulier des contractions trop fortes et une mauvaise oxygénation du fœtus. "Autant dire que couper ce médicament, c'est jouer aux apprentis sorciers", s'emporte ce médecin, qui ne l'administre pas parce qu'il n'est "pas fait pour cette utilisation". Un "scandale", estime de son côté l'association Timéo qui a milité pour son interdiction avec le soutien du Lien.

Une question d'argent ? Israël Nisand, Président du Conseil National des Gynécologues et Obstétriciens (CNGOF) assure au Parisien que si ce médicament reste utilisé, c'est parce qu'il est le plus efficace, le plus facile à conserver et le moins cher. "Il y a des alternatives au moins 30 fois plus coûteuses et avec une efficacité moindre." En somme, si certaines maternités font le choix de l'utiliser, ce serait pour faire des économies. Le Dr Thierry Harvey, explique avoir fait le choix d'utiliser un médicament à base de prostaglandines beaucoup plus onéreux. "La contrepartie, c'est que je dois tout calculer et que le reste de ma pharmacie est réduit à peau de chagrin. L'accouchement est plus long mais en est-on vraiment à quatre ou six heures de plus pour assurer la sécurité du bébé ?". La solution serait selon ce médecin de disposer d'un générique au Cytotec, moins dosé. Une demande d'autorisation de mise sur le marché du laboratoire danois Azanta au dosage de 25 microgrammes est en cours d'évaluation et pourrait peut-être être disponible courant 2018, a précisé l'ANSM.

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