Un collectif réclame une pilule contraceptive sans ordonnance

Le collectif Libérez ma pilule réclame "la mise sur le marché d'une pilule contraceptive sans ordonnance". Une "fausse bonne idée", selon le Pr Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

Un collectif réclame une pilule contraceptive sans ordonnance
© auremar - 123 RF

Un collectif composé notamment de professionnels de santé, du Planning familial et de féministes (Caroline de Haas ou Ovidie) a publié mardi une lettre ouverte pour demander "la mise sur le marché d'une pilule contraceptive sans ordonnance". Cette initiative, baptisée "Libérez ma pilule", s'accompagne d'une pétition en ligne adressée aux laboratoires pharmaceutiques et aux agences françaises et européennes du médicament. La démarche est soutenue par la Ministre des droits des femmes Laurence Rossignol.

De quelles pilules s'agit-il ? La proposition concerne uniquement la pilule progestative, donc celle qui comporte le moins de contre-indications médicales. Ces pilules aussi appelées pilules microdosées sont conseillées aux femmes qui ont un risque de thrombose (les fumeuses, les hypertendues, les diabétiques...). Les pilules oestro-progestatives, notamment celles de 3e et 4e génération, pointées du doigt ces dernières années en raison des risques de phlébites et de complications vasculaires, ne sont pas concernées. 

Une pilule sans ordonnance, pourquoi ? Il s'agit avant tout de faciliter l'accès à la contraception en France. En somme, si la pilule était - comme la pilule d'urgence - disponible en pharmacie sans ordonnance, il serait plus simple de se la procurer, sans passer par la case "médecin" ou "gynéco". Le collectif rappelle d'ailleurs que prescrire une pilule ne nécessite pas de faire un examen gynécologique pour dépister une IST ou un cancer du col.

Comment ? Les signataires de la pétition, qui s'appuient sur des recommandations de 2012 du Collège américain des gynécologues obstétriciens, estiment que les risques associés à cette contraception sont faibles, et les contre-indications peu nombreuses. Mais surtout, que les femmes devraient être davantage autonomes et responsabilisées vis-à-vis de leur contraception. Concrètement, le collectif propose que les femmes aient accès à la pilule chez leur pharmacien. Celui-ci déterminerait grâce à un questionnaire préétabli si la patiente présente un risque, sans avoir à consulter un gynécologue ou un médecin généraliste.

Selon les auteurs de la pétition,"il est regrettable de constater qu'en Europe et en France cette avancée pour le droit des femmes à disposer d'un accès facilité à la contraception est au point mort." Symboliquement, les signataires demandent "un engagement public" avant le 8 mars 2018, date de la Journée internationale des droits des femmes.

Est-ce vraiment une solution ? Le Pr Philippe Deruelle, Secrétaire général du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) est septique. "C'est une fausse bonne idée, commente-t-il. Certes, cela peut être une solution aux déserts médicaux pour améliorer l'accès à la contraception sur l'ensemble du territoire, d'autant plus que cette pilule [la micro-dosée, NDLR] est celle qui présente le moins de risques pour les femmes, du fait qu'elle ne contient pas d’œstrogènes. Mais, poursuit le gynécologue, nous sommes opposés à la prescription libre sans consultation médicale des autres pilules œstro-progestatives, en particulier de 3e et 4e génération." Or, le problème, selon le médecin, c'est que les pilules micro-dosées sont actuellement les moins prescrites, l'intérêt est donc limité. "Si l'on considère l'ensemble de l'offre contraceptive, c'est une goutte d'eau... Je crains que cette mesure soit sans effet sur l'accès à la contraception."

Le Pr Deruelle pointe par ailleurs les limites de la pilule progestative. Si elle n’entraîne pas d'effets secondaires, sa prise est plus contraignante et surtout, elle est associée à des problèmes de tolérance, en particulier elle peut avoir un impact sur la sexualité et provoquer des spotting, explique-t-il. "Ce n'est pas anodin. Avoir des saignements aléatoires tout au long du mois peut être source d'inquiétudes pour les femmes. Ce serait donc à la fois une perte de choix et d'accompagnement." Quant au rôle accru des pharmaciens, Philippe Deruelle trouve que cela manquerait terriblement d'empathie. "C'est contradictoire. D'un côté, on voit depuis quelques temps que les femmes ont besoin de davantage être écoutées, on l'a vu notamment avec les critiques émises avec le #paietonuterus. Et d'un autre côté, on leur propose une consultation sur un bout de comptoir, ce n'est pas sérieux... On ne peut pas faire une prescription robotisée sans un minimum d'échanges. Une bonne consultation, c'est une consultation discutée." 

Alors comment améliorer l'accès à la consultation ? Selon le spécialiste, il faudrait revoir la législation sur la durée des ordonnances en l'allongeant à 1 an, voire pourquoi pas à 2 ou 3 ans. Il faudrait aussi se pencher sérieusement sur le suivi et la prise en charge gynécologique des femmes . "Elles ne savent pas qui aller voir, les rôles des professionnels de santé (gynécologue, sage femme, généraliste) sont flous... L'organisation n'est pas optimale. Il faudrait aussi que les pouvoirs publics organisent des Etats généraux de la santé des femmes afin de réellement poser les problèmes, plutôt que de proposer des mesures au coup par coup, peu efficaces."

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