Pilule et tabac : ce qu'il faut savoir

Pilule combinée et cigarette ne font pas bon ménage ! A tout âge, la consommation de tabac associée à la prise d'une pilule œstroprogestative augmente les risques de maladies vasculaires. 

Pilule et tabac : ce qu'il faut savoir
© 123RF - Piotr Marcinski

Quels sont les dangers de l'interaction pilule et cigarette ? Quelle contraception choisir en cas de tabagisme ? Faisons le point avec le Professeur Nicolas Meneveau, cardiologue à Besançon.

Tabac et pilule œstroprogestative : une association fréquente à risque

Fumer comporte des risques inhérents aux femmes utilisant une pilule œstroprogestative (dite "combinée") qui est alors contre-indiquée en cas de tabagisme. "Fumer lorsque l'on prend une pilule contraceptive est dangereux car cette association comporte un risque accru de complications cardiovasculaires, telles que les thromboses, les accidents cardiaques ou cérébraux", confirme le Pr Meneveau. Il ajoute que "même si ce risque reste relativement faible en valeur absolue, la gravité des complications vasculaires rapportée aux millions de femmes qui reçoivent une contraception œstroprogestative en France, constitue un problème de santé publique potentiel dont il convient de tenir compte !"

Pilule, tabac et risque de maladies veineuses

Il y a deux aspects dans le risque de maladies vasculaires : un risque veineux (phlébite, embolie pulmonaire...) et un risque artériel (infarctus, AVC...). "Chez les patientes prenant une pilule œstroprogestative, le risque veineux est multiplié par quatre, indépendamment du tabagisme. Chaque année, ce risque touche 0,5 femme sur 1000 - un taux qui augmente avec les pilules dites de 3et 4e génération. Le risque veineux est surtout élevé lors de la première année de la prise médicamenteuse et est favorisé par d'autres facteurs : l'âge (le risque est plus important après 40 ans), les antécédents personnels d’événements vasculaires, certains facteurs génétiques, la grossesse, les pathologies cancéreuses, l'obésité, la chirurgie, la période du post-accouchement, une immobilisation prolongée..." affirme le Pr Meneveau. Dans ce contexte, un tabagisme isolé influe relativement peu sur le risque vasculaire veineux, en l'absence de contraception oestroprogestative.

Pilule, tabac et risque de maladies artérielles

Le fait d'associer tabagisme et contraception œstroprogestative multiplie également le risque de complications vasculaires artérielles. L'expert explique : "en l'absence de facteurs de risques tels qu'un diabète, une hypertension artérielle, l'existence d'antécédents personnels cardio-vasculaires, une obésité, un tabagisme ou une hypercholestérolémie, les accidents graves restent rares chez les femmes en âge de procréer. En revanche, en présence de facteurs de risques associés, la probabilité de présenter un événement cardiovasculaire va croître de manière très significative. A titre d'exemple, une femme tabagique sous pilule œstroprogestative a un risque d'infarctus du myocarde multiplié par 26".

"Le risque d'infarctus est multiplié par 26"

Des risques liés à la dose des œstrogènes et à la nature du progestatif associé

"L'association tabac et hormones est délétère car elle induit des modifications biologiques qui favorisent la formation de caillots et génèrent des lésions de la paroi des vaisseaux sanguins".

La dose d'œstrogènes constitue une part importante du risque vasculaire inhérent à la pilule. "Il y a une relation linéaire entre la dose d'œstrogènes et le risque vasculaire. Plus la dose d'œstrogènes composant la pilule œstroprogestative est élevée, plus le risque de complications vasculaires thrombotiques est important", explique le cardiologue. Aux premières pilules fortement dosées en oestrogènes ont succédé des formulations minidosées afin de réduire les risques d'accidents vasculaires cérébraux ou d'infarctus du myocarde. La nature du progestatif impacte également le risque de complications vasculaires veineuses, en particulier ceux utilisés dans les pilules de 3e et 4e génération.

D'autres méthodes contraceptives à envisager

"Lors de la prescription d'un contraceptif, le médecin va s'informer, au cours de l'interrogatoire, de la présence éventuelle de facteurs de risques cardio-vasculaires. En France, on considère qu'une contraception œstroprogestative est formellement contre-indiquée pour une femme de plus de 35 ans et qui fume plus de 15 cigarettes par jour. Une femme de moins de 35 ans peut envisager la prise d'une pilule combinée si elle n'a pas d'autres facteurs de risques cardio-vasculaires", poursuit le Pr. Meneveau.

En cas de tabagisme intense, il est préférable d'avoir recours à une contraception progestative plus adaptée : pilule progestative micro-dosée, DIU aux progestatifs, implant progestatif ou DIU au cuivre, des méthodes qui ne contiennent pas d'œstrogènes et envisageables peu importe l'âge ou le niveau de sévérité du tabagisme. Enfin, les patchs ou anneaux vaginaux contiennent des œstrogènes qui, associés au tabac, présentent les mêmes effets sur les risques veineux et artériels que les pilules combinées.

Lire aussi :