Congeler ses ovocytes pour suspendre son horloge biologique

Ces dernières années, l'autoconservation des ovocytes est au centre de toutes les attentions. Focus sur cette pratique qui reste limitée en France.

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Et si congeler ses ovocytes pour les utiliser plus tard devenait un droit ouvert à toutes ? C'est en tout cas une question qui suscite un vif débat en France depuis plusieurs années. Et pour cause : contrairement à certains de ses voisins européens (Espagne, Belgique, Grande-Bretagne, Italie), la France limite la conservation d'ovocytes.

De fait, dans l'Hexagone, l'autoconservation des ovocytes est ouverte aux femmes, qui doivent subir une chimiothérapie et, depuis plus récemment aux donneuses d'ovocytes. En effet, depuis janvier 2016, il ne faut plus obligatoirement être mère pour être autorisée à donner ses gamètes. Ainsi, les femmes n'ayant jamais eu d'enfant peuvent "conserver à leur bénéfice une partie de leurs gamètes en vue d'un éventuel et futur recours à une procréation médicalement assistée (PMA)", selon le décret. Il n'empêche qu'"au moins la moitié des ovocytes "matures" d'un même prélèvement seront destinés à être donnés et, en cas d'obtention d'une quantité insuffisante de gamètes, la donneuse ne pourra rien conserver pour son propre usage". Des conditions qui ne leur garantissent donc pas la conservation de leurs ovocytes et qui vont à l'encontre de l'avis du collège des gynécologues français publié fin 2012. Celui-ci souhaite en effet que n'importe quelle femme puisse congeler ses gamètes lorsqu'elle le désire et qu'elle puisse ainsi mieux maîtriser son horloge biologique. Un avis que partage la gynécologue Joëlle Belaisch-Allart : "Le désir tardif d'enfant est devenu une réalité surtout pour les femmes les plus diplômées et qui vivent dans des grandes villes. Toutefois, on oublie souvent que parmi les causes figure la difficulté de rencontrer l'homme avec qui elles ont envie de construire leur vie, mais aussi que celui-ci soit prêt à fonder une famille." Il apparaît d'ailleurs que la majorité des femmes qui se rendent à l'étranger pour un don d'ovocytes ont plus de 40 ans. Les opposants à l'autoconservation des ovocytes craignent ainsi que cela repousse toujours plus loin l'âge de la première grossesse. "En France, 76% des naissances proviennent de femmes âgées de moins de 35 ans. Ce sont plutôt les hasards de la vie et le manque d'informations qui les font repousser une grossesse. Rares sont celles qui le font volontairement", soutient la gynécologue.

35 ans, l'âge limite conseillé. Il ne faut toutefois pas attendre trop longtemps avant de congeler ses gamètes dans le cas d'une autoconservation des ovocytes. En effet, ce n'est pas parce qu'une femme conserve ses ovocytes qu'elle est certaine de tomber enceinte. Il faut tout d'abord savoir que "les grossesses après un don d'ovocytes sont des grossesses à risque. Les chances réelles de succès commencent par ailleurs à être connues. Avec 10 ovocytes congelés avant 35 ans, on peut espérer 60% de naissances, tandis qu'avec 10 ovocytes congelés après 35 ans, ce chiffre est de seulement 30%. L'idéal serait donc de congeler ses gamètes autour de 34/35 ans. Le CNGOF estime que les femmes peuvent ensuite les utiliser jusqu'à 45 ans, voire 50 ans si la femme est en bonne santé et bien informée", affirme le Dr Belaisch-Allart.

Des "incohérences" dans la politique d'aide à la procréation française. Les Françaises, elles, se disent favorables à une autorisation pour raison d'âge ou "sociétales", selon une étude menée par le centre d'éthique clinique de l'hôpital Cochin et rapportée par Le Figaro. En revanche, elles ne la souhaitent pas pour elles-mêmes. Les médecins et spécialistes de la reproduction, eux, sont rarement opposés à autoriser la vitrification des ovocytes à toutes les femmes, selon Joëlle Belaisch-Allart. En mars 2016, le Professeur René Frydman, père scientifique du premier bébé-éprouvette, avait d'ailleurs lancé un appel dans le journal Le Monde avec 129 autres médecins. Ils souhaitaient ainsi dénoncer les "incohérences" de la politique d'aide à la procréation en France. Favorable à l'autoconservation des ovocytes, le célèbre gynécologue recommande pour l'heure l'envoi d'une lettre de la Sécurité sociale aux femmes de plus de 33 ans pour les informer de la possibilité d'effectuer une échographie et une prise de sang afin de connaître leur potentiel de fertilité.

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