Contraception masculine : c'est pour quand ?

Les laboratoires de recherche proposent des pistes de contraceptifs encourageantes pour les hommes. Mais les freins psychologiques demeurent importants.

© 123RF - Charnsit Ramyarupa

Patchs, gels, pilules, méthodes d'injection... Les initiatives pour mettre au point une contraception hormonale masculine fourmillent depuis des années, mais aucune d'entre elles n'a encore abouti à la vente. Quels sont les facteurs bloquants ? Faisons le point avec le Professeur Israël Nisand, gynécologue – obstétricien et Président élu du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).

Une mise au point scientifique délicate

Le développement d'une pilule masculine s'appuie, à l'instar de son homologue féminin, sur des modifications hormonales. Ce contraceptif permettrait de diffuser dans l'organisme, de la testostérone ou de la progestérone en excès afin de diminuer au maximum les hormones produites par l'hypophyse (glande endocrine) et qui favorisent la spermatogenèse (processus de production des spermatozoïdes).

"La pilule pour homme reste toujours absente sur le marché puisqu'elle présente, notamment, trop d'inconvénients d'un point de vue scientifique. En effet, il est extrêmement difficile de bloquer la spermatogenèse, un phénomène qui est continu, tandis que l'ovulation chez la femme est mensuel, prévisible et plus facile à maîtriser", explique le Pr. Nisand. En effet, empêcher l'ovulation de la femme est simple et dans la plupart des cas, réversible. En revanche, chez l'homme, le processus est plus complexe car les testicules ont une double fonction : production de spermatozoïdes et des hormones masculines dites "androgènes", responsables des caractéristiques viriles.

Des pistes intéressantes

Pour que le contraceptif masculin soit efficace, il doit stopper la production des cellules sexuelles, mais pas celles des hormones masculines. Bien que le développement d'une contraception hormonale pour homme reste au stade expérimental, l'industrie pharmaceutique œuvre pour la mise au point de substances rendant les spermatozoïdes inaptes à féconder l'ovocyte, ou empêchant les spermatozoïdes de terminer leur maturation. Par exemple, l'ONG américaine Parsemus Foundation est en train d'étudier l'efficacité du Vasagel, un gel que l'on injecte dans le pénis de l'homme, permettant ainsi de bloquer le passage des spermatozoïdes, des testicules au canal éjaculateur. Parallèlement, les chercheurs de l'Université de Wolverhampton au Royaume-Uni travaillent sur un spray nasal empêchant les spermatozoïdes d'atteindre l'ovule.

Même si ces initiatives restent prometteuses, elles sont loin d'être parfaitement maîtrisées pour être développées à grande échelle. "Pour le moment, les hommes disposent de deux méthodes de contraception : le préservatif qui empêche également la transmission des IST et la ligature des canaux déférents (la vasectomie) qui peut être une stérilisation à visée contraceptive" , précise le Pr. Nisand.

Des effets indésirables encore lourds

"Prendre une pilule masculine engendrerait également trop d'effets indésirables pour les utilisateurs, explique le gynécologue. Il a été démontré que ces contraceptifs masculins expérimentaux pouvaient engendrer une considérable prise de poids, une efficacité non immédiate (la contraception est efficace seulement au bout de 2 à 3 mois), ou encore des répercussions sur l'humeur ou la libido..."

Et surtout, un frein psychologique

Même si ces méthodes de contraception sont à l'avenir commercialisées, "les barrières à la contraception masculine ne sont pas seulement physiologiques, mais également sociologiques", souligne Israël Nisand. "Si certains hommes seraient potentiellement intéressés par ces nouveaux moyens de contraception, l'usage de ces derniers prendrait du temps à entrer dans les mœurs. D'après mon expérience, la plupart des hommes ne se disent pas encore prêts à assumer la contraception au sein du couple" , observe l'expert. 

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