Cancer du sein : "après la ménopause, modifier son alimentation limite les risques"

Une vaste étude menée pendant 15 ans confirme que l'alimentation et l'alcool peuvent augmenter les risques de développer un cancer du sein. Les précisions de Françoise Clavel, directrice de recherche à l’Inserm.

Cancer du sein : "après la ménopause, modifier son alimentation limite les risques"
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Quelle proportion de cancers du sein sont attribuables à des facteurs de risque ? Quels sont ces facteurs de risque ? Pour répondre à ces questions, les chercheurs de l'Unité 1018 "Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations" (UMR1018 Inserm/Université Paris-Sud) à Gustave Roussy ont mené une vaste étude auprès de 67 634 femmes (cohorte française E3N). Depuis 1990, ces femmes répondent à des auto-questionnaires tous les 2 à 3 ans. Elles sont interrogées sur leur mode de vie (alimentation, prise de traitements hormonaux…) d'une part, et sur l'évolution de leur état de santé d'autre part. Françoise Clavel-Chapelon, directrice de recherche Inserm, décrypte les principales conclusions de cette étude qui vient d'être publiée dans l'International Journal of Cancer.

Que faut-il retenir de cette étude menée pendant 15 ans ?

Françoise Clavel-Chapelon : Nous avons confirmé des résultats observés dans des études scientifiques précédentes. Donc l'idée était surtout de traduire plus lisiblement ces résultats. A partir des risques relatifs, qui sont des données peu compréhensibles et donc peu accessibles, nous avons estimé quel pourcentage de cancer du sein pouvait être évité en modifiant tel ou tel facteur de risque.

Ensuite, l'autre donnée intéressante, c'est que les facteurs de risque n'ont pas le même impact selon qu'une femme est en pré ou post ménopause. Avant la ménopause, nous n'avons pas identifié statistiquement de facteur de risque individuel, donc modifiable. En revanche, après la ménopause, on peut retenir que 53% des cas de cancer du sein auraient pu être évités avec un comportement adapté. 

Concrètement, comment les femmes peuvent-elles limiter leurs risques ?

On peut retenir trois types de comportements particulièrement pertinents. D'abord, en adoptant une alimentation équilibrée, on peut statistiquement éviter 10 % des cancers du sein. Nous avons en isolé deux typologies alimentaires : une typologie occidentale, basée sur la consommation de plats préparés, avec des charcuteries, du beurre, etc. et une typologie méditerranéenne, riche en fruits et légumes, en poisson ou encore en huile. Passer d'une alimentation occidentale à une alimentation méditerranéenne permettrait d'éviter un grand nombre de cancers du sein post-ménopausiques.

Ensuite il y a la consommation d'alcool, même à faible dose : passer d'une consommation supérieure à un verre par jour, à moins d'un verre par jour, correspond à plus de 5% des cancers évitables.

Enfin, le surpoids à l'âge adulte contribue à la survenue de cancers du sein. Ainsi les risques de cancer du sein après la ménopause diminuent lorsque l'IMC passe en dessous de 25.

Les traitements hormonaux de la ménopause sont également pointés du doigt… 

En effet, nous avons confirmé qu'ils augmentent le risque de cancer du sein, mais il faut préciser que la prise de ces traitements a considérablement diminué dans les 10 dernières années [en réaction à la publication d'une étude américaine (WHI) qui lui associait un sur-risque cardiovasculaire et de cancer du sein, NDLR]. De plus leur composition chimique a évolué [en lien précisément avec les résultats de cette étude, NDLR]. 

Les femmes sont-elles suffisamment informées vis-à-vis de ces facteurs de risque ?

Non et c'est en cela que cette étude peut aider à les médiatiser. Nous suggérons aussi que les agences de santé et pouvoirs publics puissent lancer des appels d'offres pour poursuivre des études en sciences humaines et sociales. Si mettre en évidence des risques associés à des maladies est fondamental, il nous semble également important que des études en psycho-sociologie soient menées pour comprendre comment amener un individu à modifier son comportement. Il faut que la volonté de faire évoluer ces comportements soit plus forte que celles des différents lobbys industriels !

Que pensez-vous de la part des facteurs environnementaux dans l'augmentation globale de l'incidence du cancer du sein, en France et dans le monde ?

Au Japon par exemple, une étude a montré que les cancers du sein ont été multipliés par trois en seulement 30 ans, entre 1960 et 1990. Or le mode de vie des japonaises a évolué : elles ont des enfants plus tard, elles ont calqué leur alimentation sur celle des pays occidentaux et leur IMC a globalement augmenté.

En France, on observe clairement une masculinisation des comportements à risque chez les femmes. En particulier, elles fument de plus en plus et sont ainsi plus touchées par des pathologies liées au tabac, comme les pathologies cardiovasculaires et les cancers du poumon. Les facteurs non comportementaux évoluent aussi : par exemple, elles ont moins d'enfants et les ont plus tard, elles allaitent moins. Il faut donc continuer le suivi des femmes E3N et analyser les conséquences de ces évolutions dans les 10 ans à venir...

L'étude E4N vient d'être lancée et vise à prolonger l'étude E3N. A terme, E4N rassemblera trois générations : les femmes E3N et les pères de leurs enfants constituent la première génération, leurs enfants, la deuxième, et leurs petits-enfants formeront la troisième génération. Le suivi des trois générations permettra de recueillir des informations sur les facteurs comportementaux et environnementaux à différentes périodes de la vie. 

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