Vaccin contre les papillomavirus : une étude rassurante, mais…

Une vaste étude française montre que les vaccins Gardasil et Cervarix n’augmentent pas le risque de sclérose en plaques. En revanche, elle est plus nuancée quant au risque de syndrome de Guillain-Barré.

Vaccin contre les papillomavirus : une étude rassurante, mais…
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Les conclusions d'une étude Française très attendue, visant à étudier la survenue d’effets secondaires après une vaccination par Gardasil ou Cervarix viennent d'être rendues publiques. Conduite conjointement par l’Agence du médicament (ANSM) et l’Assurance Maladie entre janvier 2008 et décembre 2012, l'étude se veut globalement rassurante. Rassurante, parce que menée sur un total de 2,2 millions de jeunes filles, âgées de 13 à 16 ans, elle ne montre pas de sur-risque de maladie auto-immune associé à la vaccination contre les papillomavirus (HPV). "Les résultats de l’étude sont rassurants et en cohérence avec ceux de la littérature internationale", conclut ainsi le rapport.

14 maladies auto-immunes étudiées. Pour arriver à ces conclusions, l’ANSM a étudié les bases de la Sécurité sociale afin de comparer l’état de santé des jeunes filles vaccinées contre le cancer du col de l’utérus et celui des non-vaccinées. Au total, ce sont 14 pathologies qui ont été scrutées par les auteurs du rapport : affections démyélinisantes du système nerveux central incluant la sclérose en plaques, syndrome de Guillain-Barré, lupus, sclérodermies, vascularites, polyarthrite rhumatoïde / arthrites juvéniles, myosites, syndrome de Gougerot-Sjögren, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, maladie cœliaque, purpura thrombopénique immunologique, diabète de type 1, thyroïdites et pancréatites. Au global, les vaccins Gardasil et Cervarix n’augmentent pas la survenue de ces maladies auto-immunes.

Risque probable de Guillain-Barré. Toutefois, "une association statistiquement significative entre l’exposition aux vaccins contre les infections à HPV et deux des pathologies étudiées, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et le syndrome de Guillain-Barré, a néanmoins été retrouvée", précise l’ANSM. Selon l’agence de sécurité du médicament, le risque de maladie inflammatoire chronique de l’intestin est "très faible" et ne permet pas de conclure à un sur-risque. En revanche, elle qualifie de "probable" l’augmentation du risque de syndrome de Guillain-Barré, un trouble rare des nerfs périphériques, et rapporté avec d’autres vaccins. Celui-ci, s'il évolue la plupart du temps sans séquelle, est caractérisé par une paralysie progressive, débutant le plus souvent par les jambes, avant d’atteindre parfois les nerfs respiratoires, voire ceux de la tête et du cou. L'Agence du médicament souligne enfin, que le risque est connu et figure dans l’AMM du Gardasil. "Le nombre de cas de SGB attribuables à la vaccination serait de 1 à 2 cas supplémentaires pour 100 000 jeunes filles vaccinées."

Au final, l’Agence du médicament, estimant que les bénéfices attendus de cette vaccination en termes de santé publiqué restent bien plus importants que les risques auxquels elle peut exposer les jeunes filles, en conclut que le rapport bénéfice-risque reste positif.

Fin de la polémique ? Le très controversé vaccin Gardasil serait donc (presque) lavé de tout soupçon. Pourtant, une cinquantaine de dossiers judiciaires -portant sur des jeunes femmes vaccinées ayant déclaré des pathologies diverses, parmi lesquelles la maladie de Verneuil (non étudiée ici)- sont toujours en cours. Alors, ces résultats "rassurants" seront-ils suffisants pour convaincre les réticents à la vaccination (la couverture vaccinale demeure très faible, 18% seulement) ? Mais aussi ceux qui, y compris parmi les professionnels de santé, doutent du bénéfice de ce vaccin et plaident avant tout en faveur d’un dépistage par frottis, pour toutes les femmes ? Leurs doutes portant davantage sur les bénéfices partiels de ce vaccin, que sur ses risques. Mais aussi sur son coût particulièrement élevé, et relevé par la Cour des Comptes dès 2012. Agnès Buzyn, la directrice de l’Institut national du cancer (Inca) juge ce matin, dans les colonnes de Libération, "indispensable" cette vaccination. Rappelons aussi la première des priorités du plan Cancer 2014-2019 pour faire reculer les inégalités face au cancer du col utérin et pour réduire son incidence : celle de permettre à chaque femme de 25 à 65 ans l’accès à un dépistage régulier du cancer du col utérin via un programme national de dépistage organisé par frottis.

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