Syndrome du choc toxique : comment s'en prémunir ?

Appelé aussi "maladie du tampon", le syndrome du choc toxique est un événement très rare, mais néanmoins grave. Quelles femmes sont les plus concernées ? Quels sont les symptômes ?... Les conseils du Dr Anne Tristan.

Syndrome du choc toxique : comment s'en prémunir ?
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Avant l’été, l’amputation de la jambe d’un mannequin américain à la suite d’un Syndrome du Choc Toxique (SCT) causé par un tampon a été très médiatisée. Même si ce syndrome est parfaitement connu du milieu médical et qu’un avertissement figure sur les notices ou boîtes de tampons périodiques, l’affaire a beaucoup ému et révélé un sérieux manque d’information. Car en réalité, la plupart des femmes qui, chaque mois, portent des tampons sans se poser de questions, s’en étaient jusqu'alors peu (voire pas du tout) souciées. Mélanie Doerflinger, une étudiante française, a été particulièrement choquée par le témoignage du mannequin amputée. Au point de lancer une pétition à l’encontre de la marque Tampax, afin d’obtenir davantage de transparence quant à la composition des protections périodiques. La pétition, en ligne sur le site change.org, a déjà recueilli plus de 43 000 signatures de soutien.

Le Docteur Anne Tristan, codirectrice du Centre national de référence staphylocoques, une unité rattachée à l’Institut de veille sanitaire (InVS), fait le point sur le Syndrome du choc toxique.

Le syndrome du choc toxique (STC), c'est quoi ?

Il s’agit d’une maladie infectieuse causée par une bactérie, le staphylocoque doré. La bactérie fabrique une toxine, qui pénètre dans la circulation sanguine, avant d’atteindre un ou plusieurs organes. A noter que cette bactérie est naturellement présente dans notre environnement et demeure sans danger si elle reste par exemple sur notre peau. En revanche, lorsqu’elle parvient à introduire sa toxine dans la circulation sanguine, elle peut alors révéler son potentiel pathogène.

Quelles femmes sont susceptibles de faire un STC ?

Seules les femmes porteuses de la bactérie qui produit la toxine responsable du STC sont concernées, soit moins de 4 % des femmes françaises. Mais à l’inverse, toutes les femmes porteuses de la bactérie ne font pas nécessairement de choc toxique. "C’est donc qu’il doit exister autre chose, sans doute présent dans la flore vaginale des femmes porteuses de la bactérie, qui provoque le STC. Mais quoi exactement, nous ne savons pas. Nous menons justement des recherches pour en savoir plus", précise Anne Tristan.

Quel rapport avec les tampons ?

Le docteur Tristan est formelle : dans tous les cas, c’est une mauvaise utilisation des tampons qui est responsable. De fait, lorsqu’il est trop absorbant et/ou pas changé régulièrement, les bactéries ont davantage le temps de se multiplier.

Faut-il avoir peur des tampons ? 

Même si l’affaire du mannequin amputée a pu heurter nombre de femmes, il faut relativiser. Et pour cause : le syndrome du choc toxique demeure très rare, ainsi que nous le confirme Anne Tristan : "au centre de référence des staphylocoques, nous recensons 20 à 30 cas au maximum chaque année". En outre, le cas du mannequin est exceptionnel dans le sens où la jeune femme a malheureusement été diagnostiquée tardivement, donc qu’elle n’a pas bénéficié d’une prise en charge adaptée. En particulier, "elle a remis un tampon alors que ce n’est pas indiqué en pareille situation", précise-t-elle. "En France, cette année, nous avons recensé un unique cas difficile. En temps normal, même si le SCT est grave et nécessite une admission en service de réanimation, l’évolution est toujours favorable et sans séquelle", rassure encore Anne Tristan.

Quels sont les symptômes et les traitements du SCT ?

"C’est une impression de malaise et/ou de vertige, associés souvent à des troubles digestifs, tels que des nausées et des vomissements, qui doivent alerter", décrit le docteur Tristan. En période de règles, il faut consulter rapidement afin d’être pris en charge au plus tôt, et au mieux. Le retrait du tampon doit être rapide, ainsi que la mise en place du traitement antibiotique, pour éviter que la toxine ne se propage à des organes vitaux. Dans le cas de Lauren Wasser, la toxine bactérienne avait atteint le cœur et entraîné une gangrène dans les jambes, c’est-à-dire la nécrose des tissus. C’est pourquoi les médecins n’ont eu d’autres choix que d’amputer.

Peut-on l’éviter ?

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il est indispensable de changer de tampon régulièrement, soit toutes les 4 heures, même la nuit, mais aussi de bien adapter le type de tampon à son flux. "Plus le tampon est absorbant, plus il fait obstacle au flux sanguin et plus les bactéries ont la possibilité de se multiplier", souligne Anne Tristan. D’ailleurs si le SCT touche majoritairement les jeunes filles, en moyenne elles ont autour de 20 ans, c’est parce qu’elles portent trop souvent des protections pas adaptées à leur flux. "Elles utilisent des tampons pour flux abondant, de peur d’avoir des fuites, ce qui n’est pas indiqué". Pour limiter les risques, pensez aussi à toujours vous laver les mains avant de mettre un tampon.

Serviettes et coupes menstruelles : plus fiables ?

Effectivement, le risque est moindre avec des serviettes hygiéniques du fait qu’elles font moins obstacle au flux sanguin comparativement aux tampons et favorisent donc moins le développement des staphylocoques, mais le problème, c'est que les femmes, surtout les plus jeunes, rechignent souvent à en porter. Quant aux coupes menstruelles, elles ne protègent pas du risque de STC. "Nous avons eu un premier cas cet été chez une femme qui en portait", souligne-t-elle. Comme pour les tampons, c’est une mauvaise utilisation qui a déclenché l’infection. Car bien que les coupelles soient naturelles, "il faut néanmoins respecter les consignes d’utilisation et d’hygiène, à savoir : ne pas les garder trop longtemps et bien les nettoyer." Pour l’heure, si le STC concerne quasi uniquement les porteuses de tampons, on peut imaginer qu'entre la médiatisation des risques liés aux tampons d'une part et l’attrait grandissant pour les protections naturelles d'autre part, des cas d'infection surviennent également avec des coupelles menstruelles. "C'est possible en effet. Ce qui est certain, c'est que nous avons moins de recul avec les coupelles."

Est-ce que la composition du tampon joue un rôle ?

"Dans le passé, nous avons pu constater que la composition des tampons pouvait jouer un rôle dans la survenue du syndrome du choc toxique. Dans les années 70 aux Etats-Unis, de nombreux cas de STC avaient ainsi mené à des décès, en raison de l’arrivée de nouveaux tampons en polyacrylate –plus absorbants- au lieu de coton. A la suite de leur retrait du marché, les cas avaient diminué", décrit la spécialiste. Si les tampons sont donc censés être aujourd’hui en coton, reste que leur composition a sans doute évolué. Mais le problème, c'est qu'elle n’est précisée nulle part, ni sur les emballages des protections périodiques, ni dans les notices, ni sur les sites des marques. Le docteur Anne Tristan affirme ne pas la connaitre et s'étonne de ce flou, même s’il n’existe pas de preuve d’un lien entre la composition des tampons hygiéniques et le risque d’infection. La question a en tout cas le mérite d’être soulevée : "pourquoi n’aurait-on pas accès aux composants des tampons, alors qu’on sait par exemple de quoi sont faits les mouchoirs en papier ?". 

  • A voir :

Tampon, notre ennemi intimeDocumentaire réalisé par Audrey Gloaguen. 
Mardi 25 avril à 20h50 sur France 5 dans l'émission Le Monde en Face, présentée par Marina Carrère d'Encausse.  

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