Vaccins contre le cancer du col de l'utérus : l'Europe se penche sur ses risques

L’Agence européenne du médicament (EMA) a décidé d’examiner certains effets secondaires liés aux vaccins contre les papillomavirus. Depuis leur mise sur le marché en 2006, ils suscitent la controverse, y compris chez les médecins.

Vaccins contre le cancer du col de l'utérus : l'Europe se penche sur ses risques
© Antonio Gravante - Fotolia.com

C’est à la demande du Danemark, que l’Agence européenne du médicament (EMA) a annoncé lundi sa décision d’examiner certains risques sanitaires associés aux vaccins contre les papillomavirus (HPV). Ces vaccins sont en effet contestés par certains, en particulier par la France, a justifié l’EMA. L’Agence souhaite donc "clarifier à nouveau leur profil en matière de risque". Il s’agira d’étudier la survenue de deux syndromes spécifiques et "rares" : le syndrome douloureux régional complexe (SDRC) et le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (STOP). Pour ce faire, le comité qui sera en charge de cette évaluation, le PRAC, passera en revue les connaissances et recherches récentes afin d’établir s'il y a plus de cas parmi les jeunes femmes vaccinées ou non et si on peut dégager un lien de cause à effet. Pour l’heure, ces deux syndromes ont déjà été rapportés par le passé chez des jeunes femmes ayant reçu les vaccins anti-HPV, mais "aucun lien causal avec les vaccins n'a pu être établi", précise l'EMA. Le SDRC s'exprime par des douleurs chroniques affectant les membres, tandis que le STOP est caractérisé par une augmentation du rythme cardiaque lors d'un changement de position du corps et associé à des vertiges, évanouissements, maux de tête ou faiblesse. En fonction des résultats, l'EMA décidera ou non de modifier l'information sur ces produits, mais l'agence souligne d'ores et déjà que son "examen ne remet pas en cause les bénéfices" de ces vaccins.

En France, deux vaccins ciblant les papillomavirus HPV sont commercialisés : le Gardasil et le Cervarix. Ces vaccins, non obligatoires, sont recommandés pour les jeunes filles entre 11 ans et 14 ans. Ils protègent des papillomavirus HPV 16 et 18, retrouvés dans 70 % des cancers du col de l’utérus. Mais force est de constater qu'ils ne suscitent pas un grand engouement : la couverture vaccinale demeure très faible en France, 20 % en 2013.

Affaire Gardasil : les plaintes s’accumulent. En France, depuis fin 2013, pas moins de 50 jeunes filles, qui estiment être victime de graves effets indésirables apparus à la suite de leur vaccination par le Gardasil, ont déposé plainte au pénal. L’enquête préliminaire, conduite par le Parquet au pôle de Santé publique du Tribunal de Grande Instance de Paris, est toujours en cours, plutôt en voie d’achèvement. "Nous attendons un dernier rapport décisif prochainement", précise au JournaldesFemmes.com le Parquet de Paris.

Des médecins réticents. Une controverse autour du vaccin Gardasil naît aux États-Unis dès 2006 à la suite d’une campagne de communication intensive initiée par le laboratoire détenteur du brevet et des soupçons de conflits d’intérêts. Aussi, au sein de la communauté médicale, les avis divergent quant aux bénéfices et aux risques des vaccins contre les infections à HPV, même si, ni les dispositifs de pharmacovigilance mis en place par l’Agence du médicament (ANSM), ni les données de la littérature internationale n’ont montré d’augmentation de l’incidence de maladies auto-immunes ou de scléroses en plaques après une vaccination par Gardasil. En 2014, c’est par le biais d’une pétition que plus de 500 médecins réclament une mission parlementaire afin d'évaluer l'opportunité du vaccin Gardasil. 

Selon un rapport publié en mars dernier par la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES), bien que 97 % des médecins généralistes se déclarent favorables à la vaccination en général, 6 médecins sur 10 estiment que les connaissances manquent sur les risques liés à la vaccination contre les infections à papillomavirus et 23 % expriment des doutes quant à son efficacité. Enfin, une étude de l’Inserm publiée la semaine dernière, montre que 6% des médecins généralistes estiment qu’il est probable qu’il existe un lien entre le vaccin contre le papillomavirus et l’apparition de maladies neurodégénératives telles que la sclérose en plaques, alors que ce lien n'est pas scientifiquement prouvé.

Le frottis pour prévenir le cancer du col. Rappelons que le papillomavirus est un virus transmis lors des premières relations sexuelles et la plupart du temps, détruit pas nos anticorps. Si la quasi-totalité des femmes le rencontrent au début de leur vie sexuelle, il s'agit d'une infection banale, qui disparait sans complication la plupart du temps. Le risque qu'une infection par les papillomavirus évolue en cancer est très faible et demande une trentaine d’années. En France 3000 femmes développent chaque année un cancer du col et 1000 en décèdent. Par comparaison, le cancer du sein est responsable de près de 12 000 décès chaque année en France sur 48 000 cas.

En parallèle de la vaccination, la prévention du cancer du col de l’utérus passe par la prévention des infections sexuellement transmissibles (port du préservatif) et surtout par le dépistage par frottis cervical de routine. Avec pour objectif de détecter les lésions causées par les papillomavirus et si nécessaire de les traiter le plus tôt possible afin d'éviter qu'elles n'évoluent en cancer. Selon l'Institut nationale du cancer (InCa), un dépistage systématique et organisé pourrait même permettre d'atteindre "en quelques années une couverture de dépistage de 80 % des femmes et ainsi de réduire de plus de 20 % le nombre de décès." C'est le premier objectif du Plan cancer 2014-2019.

Lire aussi