Isabelle : "Il faut s'accrocher et ne jamais lâcher" Trouver l'énergie pour continuer

isabelle traeger pendant le marathon des sables
Isabelle Traeger pendant le Marathon des Sables © DR

Pourquoi avoir choisi la course ?

Dès que j'ai commencé, je suis tombée dedans. La trajectoire d'une longue course ressemble au parcours de la maladie. Mais à la différence près que c'est un choix de participer à une course. Ensuite on passe par différents stades. On a mal, c'est difficile, mais on continue car on sait qu'on ira mieux. Parfois, on se demande si on va pouvoir poursuivre. Quand l'effort est très difficile, on se dit "A quoi bon ?", puis on imagine la porte d'arrivée, la guérison, et ça donne du courage pour continuer. Pendant, il peut y avoir des moments de mieux, la force revient. On boit, on continue, on n'a qu'un seul objectif, c'est d'aller au bout. Ça ressemble à la lutte contre la maladie, n'importe laquelle d'ailleurs, pas seulement la mienne. On se rend compte, à travers des rencontres, notamment celles que j'ai faites à New York, qu'on réagit toutes de la même façon. Le premier réflexe quand on nous annonce qu'on est malade c'est : "Je ne peux pas laisser les enfants". Alors l'objectif, c'est de s'en sortir.

"Il arrive un moment où vous êtes sur le point d'abandonner et une personne que vous ne connaissez pas vous tend la main. C'est elle qui vous fait repartir"

Où trouvez-vous la force de continuer ?

Il faut être forte certes, mais c'est surtout les autres qui nous aident : une visite, un regard, un mot, tout ça fait la différence. Dans la course aussi : il arrive un moment où vous êtes sur le point d'abandonner et une personne que vous ne connaissez même pas vous tend la main. C'est elle qui vous fait repartir. Il s'agit d'un échange totalement fraternel et gratuit qu'on a comme ça sur une course difficile et dans la maladie qui fait tout basculer. J'ai l'habitude d'utiliser cette phrase que j'aime beaucoup : "C'est dans les pas des autres qu'on repart quand on a tout perdu". La dernière fois que j'ai été opérée, je n'ai pas accepté la mammectomie et j'ai demandé une reconstruction mammaire immédiatement après l'opération. Ça ne se faisait pas, ça a craqué plusieurs fois, j'ai voulu arrêter. J'ai alors rencontré une femme, très gaie, épanouie, avec un côté très direct. Elle était en attente de guérison elle aussi, d'un cancer de l'utérus. C'est elle qui a tout fait basculer. C'est cette relation qui m'a donné le peu d'énergie qui m'aurait peut-être manqué pour lutter encore. Je reçois encore des lettres des gens à qui j'ai donné un coup de pouce sur une course et c'est profondément touchant. Quand on sait entendre et recevoir, on retrouve l'énergie.

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