Jeux vidéos : comment prévenir les comportements addictifs sans les stigmatiser ?

Les jeux vidéos sont partout : consoles, ordinateurs, téléphones. Pour les joueurs, les heures défilent parfois sans s’en rendre compte. Pour les parents, les inquiétudes sont fortes de voir leurs adolescents passer autant de temps “fixés” à un écran. Mais que sait-on vraiment des jeux vidéos et de leurs impacts sur nos comportements et notre cerveau ? Chercheurs et médecins se penchent sur cette question.

Jeux vidéos : ils sont partout !

L’industrie du jeu vidéo est énorme. Son chiffre d’affaire dépasse d'ailleurs celui du cinéma. Et, certaines applications de jeux en ligne sont même cotées en bourse aujourd’hui.  
En effet, depuis l’arrivée des premières consoles de salon dans les années 70, les jeux vidéos et en ligne sont partout et s’adaptent aux nouveaux supports numériques tels que la tablette ou le smartphone.
Pour beaucoup, le jeu est un moyen de se détendre après le travail mais aussi de retrouver un univers et des interactions virtuelles. C’est le cas des MMORPG (massively multi-player online role playing games) tels que World of Wacraft, connectant des millions de joueurs du monde entier chaque jour.
Mais parfois, l’usage des jeux sort d’un cadre simplement ludique et peut devenir excessif. Ce comportement addictif inquiète les proches qui remarquent souvent l’impact nocif du jeux sur la vie familiale, professionnelle, scolaire mais aussi sur la santé du joueur.
Les médecins et les chercheurs se penchent donc depuis quelques années sur nos comportements face aux jeux vidéos pour essayer de mieux les comprendre et prévenir certains cas pathologiques.

Jeux Vidéos et Addiction

Jouer à des jeux vidéos peut être rattaché dans certains cas à un comportement addictif, notamment lorsque le joueur met en danger sa propre santé physique et mentale (heures de sommeil en moins, limite des sorties réelles). Un des facteurs de diagnostic est aussi la souffrance ressentie par le propre joueur qui remarque une perte de contrôle et ne sait pas s’arrêter. Les proches sont aussi souvent désemparés face à un tel comportement.
Or, ces addictions sans substances restent souvent un sujet tabou, comme le faisait remarquer le Professeur Jean-Louis Venisse dans une note “Le scandale des addictions sans drogues”. Les mesures de prévention mais aussi de prise en charge sont souvent insuffisantes. Ce domaine d’étude est assez récent et nécessite des recherches supplémentaires pour pouvoir y répondre au mieux.

D’une activité ludique à un comportement addictif : des frontières floues

Les études menées sur des joueurs montrent bien que les même circuits neurobiologiques de l’addiction aux drogues sont impliqués dans les jeux. Le circuit de la récompense et du plaisir est au coeur de ce processus d’addiction sans substance.
Mais savoir diagnostiquer un tel comportement est parfois difficile. Comme le faisait remarquer le psychiatre Bruno Rocher, lors d’une séance de tchats sur les addictions aux jeux vidéos. “La question de la frontière entre le normal et le pathologique est difficile à tracer car il y a tout un no man's land entre les deux”.  En effet rajoute-t-il, “il n'y a pas plus de réponse stricte et directive à cette question que de savoir combien d'heures de foot avec les copains il faut faire ou quelle durée de TV est bien.”
C’est pour cela que des chercheurs se penchent avec plus de finesse sur les comportements mais aussi sur les profils des joueurs. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations et leurs objectifs?

Jeux vidéos : savoir prévenir les excès sans pour autant stigmatiser

Une enquête récente réalisée par l’Institut fédératif des addictions comportementales du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes et l’aide de la FRC pour la diffusion d’un questionnaire a permis de connaître plus en détail le profil et le comportement de joueurs en France. Adolescents comme adultes ont répondu à ce questionnaire. Cette étude a ainsi montré que les adolescents, souvent cités dans les médias, sont loin d’être les seuls usagers à risques. Ces inquiétudes face à cette catégorie particulière sont souvent liées aux peurs majeures des parents à ce sujet. Pour ces raisons, un des rôles du médecin et des chercheurs est aussi de déstigmatiser les jeux vidéos et de rappeler leurs impacts bénéfiques. Comme le notent les auteurs de l’enquête, “les jeux vidéo peuvent avoir des vertus anti-dépressives et compensatoires pour des sujets à un moment particulier de leur vie. Cet usage excessif est alors transitoire.”
Le psychiatre Bruno Rocher aime aussi à rappeler que la création de relations virtuelles peut être un temps de passage plus sécurisé et satisfaisant pour des individus réservés et timides.  

Nos pratiques et nos comportements face aux jeux sont donc multiples. Il est important de rappeler que tout n’est ni blanc ni noir. La prévention et la prise de conscience des risques sont nécessaires, tout en continuant à profiter de cette activité qui reste ludique dans 90-95% des cas.

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