Un heureux évènement?

La grossesse, même si elle a été désirée, n’est pas toujours la période la plus épanouissante de la vie d’un couple. Que se passe-t-il quand on attend un enfant ? Et comment mieux vivre ensemble cet « heureux événement « ?

La saison 6 de  Fais pas ci, fais pas ça, la série de France 2 vient de s’achever. Elle avait commencé par l’emménagement ensemble des deux ainés de chaque famille et elle se termine par un « heureux évènement » qui va définitivement  renforcer le lien entre  les Bouley et les Lepic : le soir de Noël Tiphaine et Christophe foncent vers l’hôpital : ils vont avoir un bébé.

Cette dernière saison aura donc vu se dérouler en accéléré quelques unes des réactions que l’arrivée prochaine d’un enfant déclenche  chez les futurs parents et... les futurs grands parents. Depuis la crainte de l’annonce ("et si Christophe n’en voulait pas ?") jusqu’au mariage rapide (pour que "ca ne se voie pas trop") en passant par la surprise  de la première échographie ("il a la taille d’un capuchon de Bic !") ; les séances un peu culpabilisantes de préparation à l’accouchement, le choix difficile du prénom, les disputes chez Ikéa sur la couleur de la table à langer,  la distance à prendre avec la famille  (va- t-on ou pas accepter le berceau qui accueille les bébés Lepic  depuis cinq générations ?), les fantasmes alimentaires (Christophe exige de Tiphaine qu’elle "ne mange pas n’importe quoi"), sexuels  (il n’ose plus lui faire l’amour de peur de "cogner la tête du bébé"), sans parler des ondes de choc chez les futurs grands parents. (Fabienne Lepic, la mère de Christophe, affolée à l’idée de devenir grand-mère, commence, illico, une psychothérapie).

Si rien de cela n’est bien grave, si tout finit par s’apaiser, la série pointe quand même les légères distorsions qui surviennent dans le bonheur prétendument sans nuages qui colore les neuf mois durant lesquels on attend un enfant.

De fait la grossesse, surtout peut-être la première, est une période de grande ambivalence. L’euphorie y côtoie l’angoisse, le doute alterne avec l’espoir. L’une des deux appartenances ne prendra-t-elle pas le pas sur l’autre ? Sera-t-on un bon père, une bonne mère ? Saura-t-on se montrer à la hauteur de cette responsabilité,  et, digne de sa filiation, pourra-t-on prendre sa juste place dans l’ordre des générations ? La grossesse n’est pas forcément le moment le plus épanouissant de la vie d’un couple même si cela ne préjuge en rien, ni de ses futures compétences parentales, ni de l’amour qu’il portera à son enfant. En outre,  chacun y vit une expérience différente, pas facile à partager. La mère passe par toutes sortes de bouleversements inévitables, physiques mais aussi psychologiques. Devenir mère, dans un mélange de joie  mais aussi de ressentiment parfois à l’égard de cet enfant qu’on porte, et qui  pèse déjà son poids dans le corps, comme dans la  vie, cela nécessite toute une série de réaménagements psychiques d’une grande complexité. De son côté  le futur père si proche, attentif soit-il, peut se sentir durant, ces neuf mois, inutile, démuni, exclu, vaguement jaloux.

C’est aussi pour la future mère comme pour le futur père un moment délicat vis à vis, chacun, de ses propres parents. Comme si on prenait leur place, comme si on les rejetait un cran en arrière dans la chaîne des vivants. A la fierté, au plaisir de leur faire plaisir  se mêle parfois l’ombre d’une culpabilité, d’un chagrin.

 Cette ambivalence, ses sentiments mélangés  il ne faut pas s’en vouloir, ni en vouloir à l’autre de les éprouver. Il ne faut pas les taire. Au contraire : il faut se les dire, il faut en parler : c’est le seul moyen de manifester à l’autre sa confiance. Dans la série, la recette de Tiphaine et Christophe pour surmonter chaque difficulté, c’est le dialogue et l’humour complice. Et c’est plutôt une bonne idée.

 Crédits images : France Télévision