“Chercheurs de rêve” : quand les neurosciences étudient vos rêves...

Les rêves ont de tout temps intrigué. Messages divins dans l'Antiquité, manifestations de l’inconscient pour les psychanalystes. Des explications ont toujours été cherchées pour les comprendre. Pourquoi rêvons nous ? Quelles en sont les causes ?

Les scientifiques en neurosciences, étudient les mécanismes du sommeil et des rêves. Différentes théories tentent d’expliquer leur origine. Les pathologies liées à nos songes sont une piste intéressante pour mieux comprendre notre cerveau et ses troubles.

Les rêves sont un ensemble de phénomènes mentaux que nous expérimentons pendant notre sommeil. Au réveil, nous avons souvent un souvenir assez flou, de ce que nous avons rêvé. Parfois même, nous n’en gardons aucune trace.  Depuis la moitié du 20e siècle, les neurosciences s'attellent à mieux les comprendre. De nombreuses théories scientifiques essayent d’apporter un cadre et des explications aux rêves et à leur manifestation au cours du sommeil.

Rêves : différentes théories pour les expliquer lors du sommeil

Le sommeil est loin d’être un phénomène homogène. Il se compose de différentes phases qui se succèdent lorsque l’on est endormi. Deux grand types de sommeil peuvent se distinguer, le sommeil lent et le sommeil paradoxal. Le sommeil lent lui même se compose de phases légères et plus profondes. Le sommeil paradoxal se distingue facilement du sommeil lent. On y observe notamment de nombreux mouvements oculaires rapides sous les paupières closes d’où le nom de REM pour Rapid Eye Movement en anglais. Lors de cette phase, l’ensemble de nos muscles perdent leur tonus, ce que l’on dénomme atonie musculaire. Pendant longtemps, les rêves ont été associés au sommeil paradoxal. Une étude réalisée, dans les années 1960, dans l’équipe du professeur Jouvet à Lyon avait notamment amené à cette conclusion. La région responsable de l’atonie musculaire chez des chats avait été retirée. Lorsqu’ils dormaient, les chats en sommeil paradoxal se mettaient alors à “vivre leur rêve”, chasser des souris, redresser la tête... L’équipe en avait déduit que les rêves étaient liés à cette phase particulière. Depuis, différentes observations ont montré que les rêves ne se limitaient pas seulement au sommeil paradoxal. Des rêves sont aussi rapportés lors de phases de sommeil lent.  Toutefois, des caractéristiques différentes semblent être observées. Mais toutes les études n’obtiennent pas les mêmes résultats. Observer les rêves et mieux les comprendre est un travail minutieux pour les chercheurs de ce champ d’étude complexe.

Chercheurs de “songes” : observer et comprendre les rêves et ses troubles
Depuis les années 1970, des laboratoires de recherche sur le sommeil ont émergé un peu partout dans le monde. Les “chercheurs de rêves” ont mis au point des protocoles minutieux pour “observer” les rêves et comprendre leur manifestations. Les sujets, dont les rêves sont analysés, passent souvent plusieurs nuits au sein de ces laboratoires. Des mesures physiologiques (respiratoire, cardiaque..) et cérébrales ( activité du cerveau..) sont effectuées lors de leur nuit de sommeil. Les sujets sont réveillés toutes les heures. Les chercheurs leur posent alors différentes questions pour collecter leur rêves potentiels. S’en suit, après coup, une analyse précise de la description des rêves des patients pour les corréler aux analyses physiologiques et cérébrales.

Pour comprendre les rêves, il est également intéressant de comprendre les pathologies qui y sont associées. Le “REM behavior disorder” (RBD) est un trouble comportemental qui touche certaines personnes lors du sommeil paradoxal. Ces patients, à l’identique des chats du Dr Jouvet, ne possèdent plus d’atonie musculaire. Ils se mettent alors à mimer leur rêve et avoir des mouvements dangereux. Ils peuvent alors se faire mal ou blesser leur conjoint. Cette pathologie surprenante est notamment étudiée par Isabelle Arnulf, Neurologue et directrice de l'unité des pathologies du sommeil de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, lauréate de l’appel d’offres de la FRC 2006,

Les études du Dr Arnulf montrent des liens entre cette pathologie et des troubles neurologiques. Les RBDs seraient dûs à une lésion cérébrale causée par une accumulation de substances toxiques dans le cerveau. Ces produits commenceraient alors à abîmer une partie du cerveau avec le risque de s’étendre à d’autres régions. Ces troubles seraient donc un bon signe prédicteur de troubles neurologiques comme la maladie de Parkinson ou de démences.  Ils aideraient ainsi à tirer la sonnette d’alarme pour essayer de stopper ces lésions.
Les rêves et leurs pathologies nous apprennent donc beaucoup sur le fonctionnement du cerveau et de ses troubles. Ils sont encore loin d’avoir révélés tous leur mystères et restent un domaine des neurosciences fascinant pour tous.


Crédit photo : Konstantin Yuganov - Fotolia.com