Ma rencontre avec Cancer…

Je vais commencer par une légère mise en garde : ce témoignage, bien que très inspiré, n’engage que moi ! Comme beaucoup de femmes, j’ai lu le témoignage de Madame Bertinotti qui a eu le courage de parler de son cancer (et oui il en faut… et même beaucoup!). Puis direction les réseaux sociaux et mes blogs préférés tenus par d’anciennes malades. Quel buzz, on a franchi le mur du son !!

Quelle (triste) notoriété Cancer.  Le malin, il sait faire parler de lui !!

Prédateur invisible et  redoutable, pervers même, Cancer frappe là où il veut quand il veut et n’a aucune compassion pour ses victimes.

Retour sur ma rencontre avec Cancer : je l’ai rencontré un jour d’octobre 2010 à 37 ans. Jusque-là, Cancer « connais pas ! ». De toute façon, je ne suis pas concernée: je ne fume pas, n’ai pas d’antécédents familiaux et puis je suis jeune ! Le cancer du sein, il faudra peut-être y songer à 50 ans… Une grande rencontre qui allait bouleverser ma vie à jamais…

A ce moment-là, tout allait au mieux : mon fils faisait sa grande rentrée en maternelle et ma fille à la crèche.  Par chance, je venais de décrocher une nouvelle mission. Ah oui, petit détail : je suis une « indé » c’est-à-dire pas de patron, libre quoi !

Une célèbre agence de communication venait de me contacter pour me proposer une mission en lien avec…Octobre Rose !!! Vous savez, le fameux mois pour penser à faire sa mammo… Cette nouvelle me réjouit, je vais rentrer des sous !

A l’annonce, par téléphone (je précise), le CHOC. La peur de mourir me diriez-vous ? Au risque de paraître prétentieuse : NON !  J’ai d’abord pensé à mon travail, mes clients que j’allais peut-être devoir laisser. Vais-je pouvoir poursuivre mon activité pendant les traitements ? Autant de questions qui ont hanté mes jours et mes nuits…

J’ai alors décidé de commencer par le commencement : ANTICIPER. En même temps, ce n’était pas très compliqué pour moi : pas de congé maladie possible, pas d’assurance privée en cas de pépins, et puis le quotidien (comme tout le monde) avec les factures à payer, le frigo à remplir, bref des emm…  en prévision.

Deux opérations plus loin, rendez-vous pour la consultation d’annonce avec mon oncologue.  Le verdict tombe : chimio (Cancer est très agressif et il va vite) et radiothérapie. Un « tsunami émotionnel », comme le disait si bien Anne-Laurence Fitère (fondatrice de l’excellent site d’information La maison du cancer), m’envahit alors. Bienvenue dans le monde parallèle, celui des malades (autrement dit des « cancéreux »). Dieu merci, les crécelles sont d’un autre âge !

Très vite tout se bouscule dans ma tête. Si je ne peux plus travailler, je perds mes clients et donc plus de possibilité de revenus. La mort sociale me guettait… Il fallait donc tout mettre en œuvre pour que cela ne se produise jamais.

J’étais devenue un as dans l’art de la dissimulation… J’ai vécu des situations cocasses comme cette réflexion : « tu as vraiment bonne mine dis-moi, c’est quoi ta crème ? »… « hmm « cortisone » t’en veux !  Ou alors : « t’inquiète pas, t’as de la chance le cancer du sein se soigne très bien aujourd’hui ». Ah oui ?

Moi, je n’aspirais qu’à une chose : me reposer et me faire dorloter sans avoir à honorer « Saint Fric ». Finalement, durant 9 mois je me suis adaptée au rythme imposé par les traitements et mes rendez-vous à  Curie où j’ai rencontré des gens formidables, un personnel soignant dévoué et des médecins d’une grande humanité comme le Professeur Pierga. J’ai appris à être humble.

Le plus dur pour moi a été la chute vertigineuse des finances, la banque qui refuse un report de paiement de crédit alors que j’avais souscrit à une assurance au cas où… Sans l’aide de mes proches, la solidarité nationale et le soutien des institutions comme la Ligue contre le cancer, les événements auraient été sans doute différents… On ne le dira jamais assez : l’accompagnement et le soutien sont juste une nécessité quand la maladie est là. Je pense à toutes celles qui n’ont pas cette chance.

Oui, il est possible de concilier vie professionnelle et traitements lourds. Mais pour que cela soit une évidence, c’est tout le regard de la société et des institutions qui doit évoluer.

Car il ne faut pas se faire d’illusion, les traitements épuisent le corps et l’esprit.

Je finirai en soulignant toute l’admiration et l’affection que je porte à toutes ces femmes malades ou ex-malades, porteuses d’initiatives pour tenter de changer le regard sur la maladie et les malades, aider la recherche. Une pensée aussi pour ce cancérologue engagé d’Aix-en-Provence, rencontré quelques mois après mes traitements, et qui a créé un centre (Ressource) tout dédié à l’Accompagnement Thérapeutique des personnes concernées par la maladie. J’espère vraiment que d’autres lieux de ce type verront le jour partout ailleurs ! Une preuve de plus que dans cette lutte, patients et soignants doivent se soutenir.

Madame la ministre a eu la force de témoigner. J’espère de tout cœur que son message sera entendu par tous jusque dans les couloirs de l’hémicycle.

Reinette