Comprendre ses compulsions alimentaires

Les compulsions alimentaires font mal. Cette souffrance que j’entends souvent est à la fois physique et morale. Physique par le surpoids ou l’obésité dont elle peut-être l’origine et morale par la mésestime que le patient développe en conséquence de ses pertes de contrôle et de l’image négative qu’elles lui renvoient.

Il est important de ne pas faire des compulsions alimentaires une fatalité et de reposer les choses dans leur contexte pour comprendre et traiter ce comportement inadapté.

Avant tout, il est essentiel de les distinguer du petit grignotage, qui se manifeste plutôt par le plaisir d’apprécier un aliment avec ou sans la sensation de faim et qui n’entraîne pas de conséquences sur le poids, ni de perte de contrôle. Cela ne pose pas de problème et personne ne s’en plaint généralement. Les compulsions alimentaires, elles, entraînent le mangeur dans une sorte d’esclavagisme. Il est prisonnier de ses compulsions, il s’y soumet sans garder le contrôle. Il perd sa liberté et cela le fait souffrir. Les conséquences ne se portent pas uniquement sur le poids, les dommages collatéraux de ces compulsions sont nombreux et on y trouve entre autre une mésestime de soi. Cette dévalorisation est souvent une conséquence mais elle peut-être aussi le moteur de ces déviances alimentaires.

Les causes peuvent être différentes. Les compulsions alimentaires peuvent apparaître après une grossesse ou un choc émotionnel. Les personnes anxieuses sont elles aussi vulnérables. Les régimes restrictifs font également partie des grands responsables de la mise en place des compulsions alimentaires. Ils sont à l’origine de dérèglements physiques mais aussi psychologiques qui favorisent ce comportement. Les personnes soumises à un hypercontrôle alimentaire et à des frustrations sont plus à même de « craquer » ce qui entraîne chez elles un sentiment d’échec et de culpabilité. Sous cette pression et envahie de sentiments négatifs, elles se réfugient dans le réconfort (de courte durée) des aliments facilement disponibles. La mésestime et les sentiments d’échec refont alors surface et l’engrenage est mis en place. Je mange parce que je me sens nulle, malheureuse, seule ou incapable. Comme j’ai mangé, je me prive pour me punir très fort d’avoir failli et comme je me prive trop, mon corps et ma tête me poussent à manger donc je craque. Et comme j’ai craqué, je me prive à nouveau… Un enfermement qui fait énormément souffrir.

Pour l’addiction au sucre en particulier, il faut souligner également que ce dernier consommé de manière excessive et régulière agit sur le cerveau comme le font les drogues. Les zones sollicitées sont semblables et on peut noter une sensation de manque lorsque l’on cherche à se sevrer.

Il est important d’identifier les moments et les raisons où l’on est soumis à ces compulsions. C’est essentiel pour pouvoir les comprendre et les traiter. On cherche à apaiser quelque chose, c’est le cas dans l’immédiat mais dès que la dernière bouchée est engloutie, le problème n’est pas résolu et le mal-être est majoré. On se rend bien compte que la solution n’est pas là et que la souffrance est juste accentuée chaque fois un peu plus. Mais comprendre cela ne suffit pas, il faut aussi mettre en place des comportements adaptés pour bloquer ces compulsions. Trouver des échappatoires. La bonne nouvelle est que plus les compulsions sont bloquées, plus elles deviennent faciles à bloquer et moins elles se présentent. Avec un peu de patience on peut traiter le problème ou le diminuer suffisamment pour ne plus gêner le patient.

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