Cancer à rien de se plaindre

Cette semaine, plus que jamais peut-être, il me semble évident que les hommes sont des petites choses fragiles et pleurnicheuses. Cela vous surprend ? Enfin, quand même, pensez-y. Si dans le couple homme-femme il y en a bien un des deux qui sait résister à la douleur et ne pas s'écouter en cas de petits bobos, ce n'est certainement pas le plus poilu des deux.

Vous avez remarqué comment, nous autres pauvres grands fauves fragiles, nous succombons au désarroi le plus total lorsqu'une vilaine égratignure nous balafre le pouce ? Ou encore, comme nous nous précipitons vite au cimetière des éléphants dès qu'un petit virus grippal nous agrippe ? "Non, ne t'approche pas chérie, laisse moi mourir dans un coin avec une boite de Kleenex, je souffre trop, regarde mon nez est tout rouge..."

Sans blague, devant la douleur et les épreuves de la maladie, nous ne sommes pas vos égales. Bon, c'est vrai, tout le mérite n'en revient pas uniquement à votre force de caractère. Il semble, selon certains scientifiques (des hommes mauvais perdants ?), que les femmes soient "naturellement" plus résistantes à la douleur par je ne sais plus quel atout génétique. En cause, évidement, l'épreuve de l'accouchement. En effet, pour résister aux douleurs liées à la livraison d'un Colissimo XL, mieux vaut que les femmes ne soient pas trop douillettes. J'imagine déjà un homme sur la table de travail : "Docteur, j'ai bien réfléchi, on annule tout, ok, je vais le garder à l'intérieur, c'est possible hein, allez, dites-moi que c'est possible..."


Quant aux maladies, elles vous frappent souvent plus précocement que nous. Et avec malignité, comme, par exemple, le cancer du sein. C'est vrai, la prostate se rappelle à notre bon souvenir des années après que vous ayez du affronter cette terrible épreuve touchant à l'un des attributs les plus forts de votre féminité. Eh bien, même à ce moment là, vous savez faire face avec une force et une détermination qui impressionnent les hommes (on se le dit entre nous à l'apéro, mais si on commençait à vous l'avouer, on ne pourrait plus échapper à la corvée d'aspirateur qui nous fait si mal au dos...).

Cette chronique m'a été inspirée par l'histoire d'une amie journaliste anglaise dont je n'avais plus de nouvelles ces derniers temps. Je lui ai donc envoyé un mail pour m'enquérir de sa santé et au passage dresser la liste de mes dernières actus (cette méchante gastro qui m'a cloué au lit trois jours, les petits caractères sur les paquets de céréales que je n'arrive plus à lire et ces kilos hivernaux dont je ne sais pas quoi faire à l'arrivée du printemps...). Carole me répondit en s'excusant d'avoir été un peu absente parce qu'elle avait du combattre un cancer lui ayant amputé un sein. Mais que cela allait mieux maintenant puisqu'elle avait réalisé un looping en avion !

Pour celles qui lisent l'anglais, allez voir l'article que The Telegraph lui consacre et son blog. Pour les autres, sachez que Carole y raconte que le lendemain d'un diagnostic sévère prescrivant une opération rapide, elle décide de trouver en urgence "un homme qui pourrait apprécier une dernière fois sa poitrine indemne". Elle y raconte, avec humour, le casting qu'elle organise sur un site de rencontres. Et "le" rendez-vous avec Paul. Un pilote d'avions amateur qui lui donne l'envie de se dépasser. Ce n'est finalement pas avec lui qu'elle va s'envoyer en l'air quelques mois plus tard pour tester la résistance de sa prothèse. Mais c'est quand même à bord d'un Sukhoi Su29 qu'elle affronte des accélérations de 4G que seuls des pilotes confirmés arrivent à encaisser. Et qu'elle devient ainsi la première femme au monde à tester, en trois looping acrobatiques, la résistance d'une prothèse en silicone ! Aujourd'hui, c'est un vol dans l'espace qu'elle vise pour tester sa prothèse en apesanteur !

Voilà donc à quoi Carole a occupé ses derniers mois. Plutôt que de se lamenter, cette battante a affronté la tête haute la maladie. Et je suis certain que son exemple n'est pas unique. Alors, même si j'ai aujourd'hui un horrible aphte sur la langue qui me lance affreusement toutes les 2m34 exactement, je me dis que je ne vais pas trop la ramener. Et plutôt m'interroger pour savoir par quelle entourloupe nous avons réussi, nous autres les hommes, à ne pas vivre dans un monde dominé par le sexe fort, avec un grand "F", comme féminin...

Bonne semaine (dans l'œil de Charlie...).